La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Théâtre

La machine de Turing… Sexe et secret d'État - 09/08/2019

La pièce de Benoît Solès, dans une mise en scène qui mêle narration et temps présent, met en lumière la vie d'un savant dont l'Histoire avait oublié les faits d'armes ayant permis d'accélérer la victoire des alliés durant la Seconde Guerre mondiale. Alan Turing (1912-1954) est peu connu du grand public. Il fut le quasi-inventeur de l'informatique en y créant ses prémisses avec la machine de...  

"Britannicus" L'émancipation par le crime - 08/08/2019

C'était à Paris, pendant l'effervescence d'Avignon, dans la salle de l'Artistic… Un travail de théâtre comme on l'aime. Dans une mise en scène de Christine Joly, Philippe Lebas endosse tous les rôles de la tragédie romaine de Jean Racine, "Britannicus". Britannicus… ce jeune prétendant au trône déchu, qui rêvait d'amour simple, assassiné. Mais aussi dans cette pièce Agrippine, cette femme de la...  

Kean… Perdre son être dans le paraître… - 14/07/2019

De la pièce de Dumas, Sartre avait ajouté le thème de l'identification dans laquelle Kean perd son identité en incarnant ses personnages jusqu'en dehors de la scène. La mise en scène d'Alain Sachs plonge dans les abîmes psychiques de caractères qui n'existent que par la lumière des projecteurs ou celle d'un statut social. C'est un double hommage, celui d'Alexandre Dumas (1802-1870), célèbre pour...  

Le château de Grignan s'espagnolise avec le Victor Hugo politique… et son Ruy Blas - 05/07/2019

Avec "Ruy Blas", Hugo s'ingénie à tresser le cercle vicieux du pouvoir. Il met en place un système qui fait ressembler tous les personnages à des poupées matriochka. Ôter une apparence, c'est un autre visage qui apparaît. Ainsi, chaque personnage important de ce réquisitoire contre la corruption n'est que l'instrument de quelqu'un d'autre ou de quelque chose, à l'intérieur de lui-même,...  

Un théâtre d'adolescents "déchainés" par Sylvain Creuzevault - 27/06/2019

La classe des quatorze "apprentis comédiens" de l'école supérieure de théâtre Bordeaux Aquitaine, créée en 2007 dans la capitale girondine, présentait son projet de fin d'études triennales… et de "début de carrière". Sous l'impulsion de l'inclassable Sylvain Creuzevault, les jeunes comédiennes et comédiens animés par le désir fou d'en découdre ont été invités à s'emparer du roman-fleuve de Fédor...  

"Quartett" Le cruel objet du désir ou le vénéneux rapport des sexes - 17/06/2019

Le jeune metteur en scène Hugo Layan de la Compagnie Themroc nourrissait un très vieux rêve : mettre en jeu avec ses deux complices, Clémence Longy et Antoine Villard, la pièce sulfureuse du dramaturge allemand qui, en 1980, s'était emparé du chef-d'œuvre de Fréderic Choderlos de Laclos - "Les liaisons dangereuses", écrites quelque deux cents ans auparavant - pour délier à l'envi les liens viciés...  

"Maya", un parfum de Broadway, une manière d'Huckelbury Finn - 10/06/2019

Sur scène, quelques chaises, quelques patères, comme qui dirait un théâtre de bouts de ficelle servi par cinq comédiennes dans une kyrielle de personnages. Ceux qui ont croisé l'enfance de Marguerite Annie Johnson alias Maya Angelou. Maya Angelou poétesse, femme de conviction et combattante de la Liberté, qui aux côtés de Martin Luther King et Malcolm X sut dire non à la violence faite aux noirs,...  

À "Cataract Valley"… la forêt est morte, comme le rêve - 08/06/2019

Sur scène, de vrais arbres et arbustes qui sentent bon, un sol couvert d'aiguilles de pin, des troncs couchés et des billots épars, au lointain une vraie cataracte d'eau qui apparaît dans la nuit, Marie Rémond adapte de manière naturaliste une nouvelle de Jane Bowles "Camp Cataract" sous le titre "Cataract Valley"… Place au théâtre, ce jeu de cache-cache avec les artifices. Dans cette adaptation,...  

"Mademoiselle Julie" Une marche des passions vers l'échafaud - 05/06/2019

Comme un oiseau en cage qui, à l'ouverture de la porte, est sauvagement sacrifié. Ainsi du sort d'une jeune aristocrate qui, lors d'une fête de la Saint-Jean, croit pouvoir dominer son valet et sa cuisinière et jouir des effets de la liberté qu'elle découvre. Dans "Mademoiselle Julie", August Strindberg place deux personnages dans un huis clos étouffant. La jeune maitresse et le valet, tous deux...  

"Fauves"… Instinct des mots et des dits - 29/05/2019

Wajdi Mouawad signe une belle création où le rapport à l'autre et à soi est posée. C'est une mise en abyme d'échecs, d'oublis, de relations imbriquées et compliquées dans un effet de double hélice, comme le rappelle l'auteur, entre ce que les protagonistes sont et ce qu'ils auraient été. Cela débute par une scène qui se répète trois fois pour venir se juxtaposer avec les suivantes. Un démarrage...  
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À découvrir

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique

L'histoire se passe au Québec. Dans "Antioche" de Sarah Berthiaume, Antigone est une adolescente un peu foutrac, qui fait un peu n'importe nawak avec son djin troué et sa toga praetexta. Normal, elle voudrait jouer Anouilh et son Antigone, et articuler parfaitement le Français standard plutôt que jouer les fièvres du samedi soir…

•Off 2019• Antioche… Contradictions contemporaines… entre confort matérialiste et exaltation romantique
… Quant à sa copine Jade, elle ne vaut pas mieux qui s'emmure dans les toiles d'Internet, universelle araigne maléfique, pendant que sa mère qui a fui la Syrie fait des listes de mots pour les mémoriser.

Dans cette terre d'exil et d'accueil, dans cette terre d'immigration qui mêle réfugiés du Proche-Orient et descendants des acadiens entourés d'Anglais, cette terre qui veut échapper au globish et se pose la question de sa présence au monde, les deux copines rêvent de fugues, vivent intensément le sentiment de la liberté ou de l'enfermement. C'est que le confort matérialiste ou l'exaltation romantique sont autant de pièges à éviter. Pour elles le retour aux origines est problématique. La pièce noue les contradictions contemporaines.

Le langage est populaire, direct et inventif. Et le spectacle évolue de la comédie populaire et farcesque au drame suspendu au dessus des têtes. Les personnages connaissent des paroxysmes et dans les allers et les retours de leurs rêves, dans leurs errances, leurs désirs de fugues se lit la construction d'une mémoire et d'une identité. Jusqu'à ce que les deux héroïnes, en bordure du danger, croisent le chemin de la fatalité et du destin. Le retour aux origines devient tentation de l'intégrisme, du terrorisme.

Jean Grapin
29/06/2019
Spectacle à la Une

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !

Quand du noir complet, le faisceau de lumière de l'ampoule tombant des cintres coiffe le crâne dégarni et blanchi de Denis Lavant, hiératique derrière un bureau métallique fatigué, les yeux aimantés par un magnétophone à bande posé devant lui et absorbant dans la nuit magnétique toute son énergie, on se dit que la magie du théâtre est un leurre qui nous ravit au double sens…

•Off 2019• La dernière bande Enregistrements magnétiques… performance à donner la banane !
Plus rien n'existe alors que ce fabuleux homme né pour le théâtre qui s'apprête devant nous à renouer avec l'univers insolite de Samuel Beckett, dont il a interprété sur cette même scène des Halles, "Cap au pire" (2017), mis en jeu par le même Jacques Osinski.

Et le (très) long silence qui s'ensuit instille, dans le droit fil du choc liminaire, une étrangeté en osmose avec l'univers du dramaturge irlandais. Puis, émergeant de sa torpeur contemplative, "il" rapproche à quelques millimètres de son œil, que l'on devine à moitié aveugle, une clé extraite du fouillis de son veston loqueteux. Si le premier tiroir ouvert contenant une bobine ne l'intéresse pas dans l'immédiat, l'autre dans lequel il plonge à nouveau sa tête lui offre… une banane ! Épluchée soigneusement, elle va être tenue en bouche avant d'être mangée. La peau jetée sur le sol, lui vaudra une glissade digne d'un Buster Keaton sorti d'un film muet.

Yves Kafka
07/07/2019
Sortie à la Une

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et "bio-éthique" à dévorer tout cru

D'abord dire le choc artistique lié au mix d'un slam magnétique, d'une voix parlée aux résonances philosophiques, d'une musique live et de live painting se répondant l'une et l'autre, le tout réuni sur le même plateau pour créer l'univers poétique où deux histoires différentes - quoique… - se rencontrent au point de chute. Les contes partagent cela en commun, ils "parlent" au-delà de leur contenu et réservent des surprises "sans fin" qui nous mettent en appétit (d'ogre).

•Off 2019• Le dernier Ogre Conte slamé et
Ensuite, dire que l'on ne doit pas se laisser abuser par le mot conte… Comme beaucoup de contes, il n'est pas destiné aux enfants même s'il peut être vu avec intérêt par eux aussi… ne serait-ce que pour qu'ils expliquent aux adultes que leur faim de bien faire - rêve d'une vie bio et écologique à tous crins - peut s'avérer à la fin, "une vraie tuerie"…

(Il était une fois) un ogre dont i["À [son] retour [sa] douce avait dressé la table/Préparée comme jamais des mets gorgés d'odeur"]i (il parle, l'ogre, en alexandrins slamés) et qui aimait ses sept filles plus que tout au monde, les bisoutant, les cajolant et veillant à ce que rien ne leur manquât de nourriture raffinée et autres conforts domestiques. Un père de famille au-dessus de tout soupçon…

Certes, les mets gorgés d'odeurs mijotés par sa femme ogresse étaient exquis à son goût mais ogre il était, et son penchant "naturel" pour la chair fraîche humaine ne pouvait longtemps rester au garde-manger.

Yves Kafka
27/07/2019