La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
Lyrique

"Pop'pea" au Théâtre du Châtelet : un opéra rock'pop qui met le feu ! - 26/05/2012

Au théâtre du Châtelet, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on innove sans cesse. Son directeur Jean-Luc Choplin, toujours à la pointe du hype, a eu une idée ahurissante - que tous les artistes engagés dans cette aventure trouvent maintenant (presque) évidente : adapter l’opéra baroque de Claudio Monteverdi "Le Couronnement de Poppée" (370 ans au compteur quand même) et en faire un "opéra...  

"Au bord de l’eau" à la MC93... Féerie au programme ce soir ! - 24/05/2012

Ô fidèle Lecteur de la Revue, je t’en adjure : cours à la Maison de la Culture de Bobigny et tu seras transporté. Doublement transporté : enthousiaste, tu seras téléporté dans la Chine de la dynastie des Song, dans le roman mythique de Shi Nai-An "Au bord de l’eau" ("Shuihu Zhuan"). Quand tu sortiras de ce magnifique spectacle, tu n’auras qu’une envie : connaître toutes les arcanes de cet art si...  

Tous "Au bord de l'eau" aux couleurs du Printemps de l’École de l'Opéra de Pékin ! - 18/05/2012

Patrick Sommier, le directeur de la MC93 de Bobigny, met en scène quelques tableaux inoubliables d’un roman de 2 300 pages, célébrissime en Chine, "Au bord de l’eau". Œuvre qui a eu l’honneur d’être le premier roman chinois à entrer dans la prestigieuse collection de la Pléiade*. C’est à une féconde rencontre entre cultures que nous sommes conviés dans ce spectacle, par le biais d’une coopération...  

"Cavalleria Rusticana" et "Pagliacci" à Bastille : Vengeance, oreille mordue et soleil sicilien au programme ! - 10/05/2012

Les deux opéras sont souvent représentés ensemble en raison de leur (relative) brièveté. "Cavalleria Rusticana" est un opéra en un acte de Pietro Mascagni et son seul chef d’œuvre. Le livret est tiré d'une nouvelle de Giovanni Verga, le Zola italien. Il a été créé en 1890 et fait cette année son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris. L’intrigue a la simplicité des tragédies grecques, et leur...  

Le Don Giovanni de Michael Haneke : l'enfer du cloaque 40 ! - 18/04/2012

Au dernier étage impersonnel d’un building de verre, quelque part dans une métropole moderne sans âme, Don Giovanni, jeune directeur général d’une multinationale, viole la fille de son patron, Donna Anna, avant d’être obligé de le tuer (le patron) en se sauvant. C’est alors que le séducteur va entraîner tous les personnages dans une ronde infernale et désespérée : celle des affects brutaux et des...  

"Nixon in China" au Châtelet : une rencontre Est-Ouest au sommet ! - 13/04/2012

Une des plus excitantes productions de cette année est à découvrir impérativement au Théâtre du Châtelet jusqu’au 18 avril : "Nixon in China" un opéra de John Adams (créé en 1987). Nous avons annoncé ici-même le spectacle et écrit tout le bien que nous pensons des œuvres du compositeur américain John Adams. Reste à féliciter l’ensemble de l’équipe artistique pour l’excellente première à laquelle...  

"Nixon in China" au Châtelet du 10 au 18 avril 2012 : Un opéra de notre temps - 04/04/2012

Vous n’avez pas encore entendu parler de John Adams, un compositeur américain né en 1947 ? Vous n’êtes pas sûr d’aimer l’opéra, ou au contraire vous en êtes un amateur fanatique ? Précipitez-vous au théâtre du Châtelet pour découvrir un des opéras du maître controversé, créé à Houston en 1987 sur un livret de la grande poétesse Alice Goodman : "Nixon in China" Le caractère unique et savoureux des...  

02/04/2012, Arsys Bourgogne au Théâtre des Champs-Élysées : La musique au chœur - 28/03/2012

Ne manquez pas la "Passion selon Saint Matthieu" lundi 2 avril à Paris, un oratorio interprété par l’un des meilleurs chœurs européens du moment, Arsys, accompagné par l’orchestre des Talens Lyriques de Christophe Rousset. L’un des chefs-d’œuvre de la musique sacrée du Kantor de Leipzig transformera à coup sûr l’auditoire du TCE en fidèles de la Semaine Sainte du XVIIIe siècle ! Ce morceau...  

"Parsifal" et "Tristan et Isolde", retour de Bayreuth et du Théâtre des Champs-Élysées - 23/03/2012

Au Théâtre des Champs-Élysées, Richard Wagner est à l’honneur cette année encore. Avant "La Walkyrie" en avril prochain au TEC, et les festivités de la commémoration de la naissance de génie allemand en 2013 dans le monde musical. Nous ne remercierons jamais assez le Théâtre, en bons wagnéristes insensés que nous sommes ! Car il est devenu presque inutile de se rendre à Bayreuth (ce qui relève de...  

15/03 au 21/04/2012, Opéra Bastille, "Don Giovanni" ou l'enfer du Dow Jones - 20/03/2012

Nous regardons, hébétés, sur nos écrans les chiffres du dernier krack, les indices de la dernière crise, les images de notre lente apocalypse. Et nous sommes accros aux images mondialement diffusées des orgies de nos maîtres. Le grand cinéaste allemand Michael Haneke a choisi de nous parler d’eux - trader, business man, golden boy ou milliardaire cynique - à l’Opéra Bastille. Et c’est à travers...  
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À découvrir

Les modèles des artistes sont-elles vraiment des modèles de vie ? À en croire ces "Muses", non, et tant mieux !

La racine étymologique de musée est "temple des Muses", du nom de ces neuf déesses qui président aux arts. Ici, elles ne sont que quatre (mais neuf en alternance, tiens ? Hasard…) et l'histoire qu'elles incarnent se déroule effectivement dans un musée après la fermeture, dans la torpeur de la nuit. Dans ce spectacle très vivant, incarner est le verbe idéal pour définir ces créations de personnages, puisque ceux-ci ne sont faits, au tout début, que des figures faites de pigments, de colle, de toiles et de cire.

© Xavier Cantat.
Des figures suspendues dans leurs cadres et posées sur un socle qui sont des chefs-d'œuvre : la "Joconde" de Léonard de Vinci, la "Naissance de Vénus" de Botticelli, la "Petite danseuse" de Degas et le "Diptyque Marilyn" d'Andy Warhol… Magie du théâtre, lorsque le dernier visiteur sort, suivi par le dernier gardien, ces muses renaissent, reprennent vie, voix et chair. Alors commence une longue nuit qui va révéler les caractères surprenants, parfois volcaniques et débordants de ces personnages si sages le jour.

Besoin de se dérouiller un peu les jambes, de se plaindre de la cohue qu'elles subissent tous les jours, de se rappeler des souvenirs "d'enfance" ou de se réchauffer les nerfs aux rivalités les plus classiques, rivalités de notoriété, de séduction ou d'âge, car ces quatre figures font bien partie des représentations de l'idéal féminin en compétition, telle sera la course qu'elles mènent avec fougue et sensualité.

L'idée de départ aurait pu devenir banale et vaine sans l'inventivité que les autrices, les interprètes et le metteur en scène ont déployé. Le texte de Claire Couture et Mathilde Le Quellec ancre résolument son ton dans la fantaisie, le jeu de répliques et l'humour. Les deux autrices ont laissé libre cours à leur imaginaire en gardant un point de vue moderne. Elles dessinent des tempéraments rugueux, explosifs et inattendus, qui tranchent avec les idées convenues que l'on forme face à ces représentations idéalisées de la femme : ce que cache le visage, l'apparence, l'esthétique.

Bruno Fougniès
18/10/2022
Spectacle à la Une

"Huis clos" Sommes-nous acteurs de notre destin ou de simples marionnettes ?

Garcin, Inès et Estelle, un homme et deux femmes, se retrouvent enfermé(es) dans un salon où la lumière ne s'éteint pas et duquel il est impossible de sortir. Ils comprennent qu'ils se trouvent en Enfer et se racontent leurs histoires. Ainsi se noueront entre eux des relations complexes qui ne se révèleront pas toujours réciproques.

© Anthony Dausseur.
Est-ce bien raisonnable de retourner assister à une énième représentation de "Huis clos", ce texte incontournable du théâtre français écrit, fin 1943 - début 1944, par le célèbre philosophe Jean-Paul Sartre ? Une de ses plus belles œuvres et aussi une des plus jouées.
Quand on aime, on ne compte pas, semble-t-il.

Au Laurette Théâtre, une petite salle intimiste de quartier, se joue une nouvelle version de cette célèbre pièce, interprétée par deux comédiennes et un comédien attachant(es) et investi(es) : Sebastian Barrio, Karine Battaglia et Laurence Meini.

La proximité du public avec la scène et, de ce fait, le contact très proche avec les personnages renforcent très largement la thématique de la pièce. Rares ont été les fois où cette sensation d'enfermement a pu nous envahir autant, indépendamment des relations tendues qui se tissent progressivement entre les personnages et qui de ce fait sont décuplées.

Brigitte Corrigou
24/10/2022
Spectacle à la Une

"Deux mains, la liberté" Un huis clos intense qui nous plonge aux sources du mal

Le mal s'appelle Heinrich Himmler, chef des SS et de la Gestapo, organisateur des camps de concentration du Troisième Reich, très proche d'Hitler depuis le tout début de l'ascension de ce dernier, près de vingt ans avant la Deuxième Guerre mondiale. Himmler ressemble par son physique et sa pensée à un petit, banal, médiocre fonctionnaire.

© Christel Billault.
Ordonné, pratique, méthodique, il organise l'extermination des marginaux et des Juifs comme un gestionnaire. Point. Il aurait été, comme son sous-fifre Adolf Eichmann, le type même décrit par Hannah Arendt comme étant la "banalité du mal". Mais Himmler échappa à son procès en se donnant la mort. Parfois, rien n'est plus monstrueux que la banalité, l'ordre, la médiocrité.

Malgré la pâleur de leur personnalité, les noms de ces âmes de fonctionnaires sont gravés dans notre mémoire collective comme l'incarnation du Mal et de l'inimaginable, quand d'autres noms - dont les actes furent éblouissants d'humanité - restent dans l'ombre. Parmi eux, Oskar Schindler et sa liste ont été sauvés de l'oubli grâce au film de Steven Spielberg, mais également par la distinction qui lui a été faite d'être reconnu "Juste parmi les nations". D'autres n'ont eu aucune de ces deux chances. Ainsi, le héros de cette pièce, Félix Kersten, oublié.

Joseph Kessel lui consacra pourtant un livre, "Les Mains du miracle", et, aujourd'hui, Antoine Nouel, l'auteur de la pièce, l'incarne dans la pièce qu'il a également mise en scène. C'est un investissement total que ce comédien a mis dans ce projet pour sortir des nimbes le visage étonnant de ce personnage de l'Histoire qui, par son action, a fait libérer près de 100 000 victimes du régime nazi. Des chiffres qui font tourner la tête, mais il est le résultat d'une volonté patiente qui, durant des années, négocia la vie contre le don.

Bruno Fougniès
20/09/2022