La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle




Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

Hartmut Haenchen, un chef d'exception à la tête du Philharmonique de Radio France

Le 29 mars, le chef Hartmut Haenchen livrait une prodigieuse neuvième symphonie de Gustav Mahler à la tête d'un Orchestre Philharmonique de Radio France en état de grâce.



© DR.
© DR.
Étonnamment, le chef allemand Harmut Haenchen se fait rare en France depuis son magnifique "Parsifal" à Bastille en 2008. Ces derniers temps, mise à part l'invitation en 2017 par l'Opéra de Lyon (pour une "Elektra" sublime et un "Tristan" remarquable au Festival "Mémoires"), on l'appelle bien souvent pour remplacer tel ou tel chef souffrant, dans un répertoire germanique (en gros la sainte Trinité Wagner, Mahler, Strauss) qu'il porte aux sommets.

Ce fut le cas au Festival de Saint-Denis en 2017 pour "Das Lied von der Erde". Et c'est encore à une invitation de dernière minute pour diriger le concert Mahler de Radio France (et celui de Toulouse le lendemain, suite à la défection de Myung-Whun Chung souffrant) que l'auditeur doit le plaisir aigu de le retrouver à l'Auditorium. Le chef allemand, bien qu'âgé de soixante-quinze ans, affiche toujours une forme et une fraîcheur intactes avec une direction d'un engagement total pendant les quatre-vingt minutes de la 9e Symphonie de Gustav Mahler.

La Symphonie n° 9 en ré majeur est composée durant l'été 1909 à Toblach dans les Dolomites. Créée par Bruno Walter en 1912, un an après la mort de Mahler, c'est la dernière symphonie achevée par le compositeur éprouvé par plusieurs drames : la perte de sa fille, la démission de l'Opéra de Vienne, la découverte de l'infidélité d'Alma et de son problème cardiaque - qui allait l'emporter à cinquante-et-un ans. Après "Le Chant de la Terre" écrit en 1908, la neuvième symphonie (purement instrumentale) redistribue les cartes de la forme musicale et de l'écriture malhérienne pour une méditation pleine de fureur et de douceur sur la mélancolie, le deuil et la mort, tel un dernier adieu à l'amour et à la vie.

© Jean-François Leclerq.
© Jean-François Leclerq.
De façon inédite donc, les mouvements lents "Andante commodo" et "Adagio" ouvrent et concluent cette symphonie en quatre mouvements, encadrant un "Ländler" et un "Rondo-Burleske" vifs. Le noble chef originaire de Dresde a amené avec lui le premier violon Kai Vogler (Premier Violon solo de la Staatskapelle Dresden), dont les échappées brillantes n'éclipsent pas le solide travail réalisé avec les musiciens pendant le concert.

L'Andante initial - très admiré par Alban Berg à qui Alma avait offert la partition manuscrite de l’œuvre - se fait d'abord marche funèbre ; puis Hartmut Haenchen libère les forces telluriques du Philharmonique, extrêmement concentré, très impliqué et constamment virtuose. Observer les musiciens de l'orchestre sera tout simplement un bonheur.

Les dialogues d'instruments à instruments, de pupitres à pupitres, prennent bientôt le pas sans pouvoir maintenir un discours continu dans ce monde apocalyptique, qui ne retrouve un nouvel ordre que pour le voir s'effondrer aussitôt. Hartmut Haenchen organise ce chaos, fait chanter ou grincer les solistes, les duellistes, les masses orchestrales en une brillante odyssée de timbres, soignant comme il sait le faire les enchaînements, en orfévrant les dynamiques.

© DR.
© DR.
Les mouvements suivants fascineront tout autant, vrai voyage dans les limbes comme au ciel, avec ses élans vitaux, ses paroxysmes fulgurants et naturellement, jamais loin avec l'ironie et la cocasserie faisant place au plus poignant lyrisme (et quelles mélodies !). L'intégrité légendaire du chef (quant aux indications des compositeurs), sa quête, la hauteur de sa vision emportent l'orchestre au sommet espéré que mérite cette musique exigeante, incroyablement difficile à exécuter.

Hartmut Haenchen, avec cœur et âme, livre tout simplement une des plus belles et des plus denses versions entendues jusque dans le dernier mouvement "adagio", pur chant de sérénité et de tendresse qui offre un dernier frisson. De son fortissimo enivrant au diminuendo incroyable de maîtrise, avec ses vagues montantes et refluantes aux lignes nettement dessinées, jusqu'à l'extinction ultime (marquée "quadruple piano"), l'adieu malhérien offre une échappée vers une autre dimension, "anywhere out of the world" - avec une des fins les plus impressionnantes de toute l'histoire de la musique, saluée par un silence plein d'une bonne minute ensuite (une éternité à la radio qui diffusait le concert). On ne redescend pas aisément de telles cimes.

Concert entendu le 29 mars 2018.

À réécouter en podcast sur France Musique/concert.
Ou voir et écouter sur Arte

Christine Ducq
Dimanche 8 Avril 2018

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique



Brèves & Com


Numéros Papier

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.


PUB

PUB


Publicité



À découvrir

"Sandre"… Une vie qu’on épluche, même une toute petite vie, ça peut faire pleurer les yeux

"Sandre", La Manufacture, Avignon

Sur scène, c'est comme un trône. Un trône pitoyable. Fauteuil à l'ancienne. Pas vraiment voltaire. Pas vraiment club non plus. Plutôt crapaud. Juché sur un piédestal pas du tout en marbre. Ça ressemble plus à de la palette empilée. Peinte en noir. Et puis un abat-jour en vessie de mouton tendue. Beige très clair. Monté sur un pied trop haut. Et puis c'est tout. Un trône ordinaire. Un trône de maison de banlieue. Elle y est installée. Elle n'en bouge pas. Elle y règne sur son domaine. Son domaine.

Tout autour rien. Le vide obscur de l'irréalité, pourrait-on dire. Il n'y a qu'elle, juché sur son trône du quotidien, toute pâlotte dans cette nuit, qui brille. Qu'on voit. Et qui parle. Et qui trône sur son quotidien parce que c'est ça sa vie. La vie dont elle avait rêvé ou pas. La vie qu'on lui avait promise, c'est sûr. Et malgré les impondérables et le temps qui sabotent, elle la tenait sa vie, sa maison, son mari, ses enfants.

Qu'est-ce qu'elle dit ?... Elle s'explique, je crois. Elle parle à quelqu'un. À quelqu'un qui l'accuse, il faut croire. Quelqu'un qui l'accuse d'on ne sait pas quoi. On ne le saura qu'à la fin. Quand elle aura fini de parler. De s'expliquer. Enfin de raconter quoi, son domaine, son royaume, son empire, toutes ces années d'existence. Avec ses espoirs, très très humains. Très simples en fait. Et puis ses joies, ses plaisirs, ses émerveillements. Et puis ses déceptions bien sûr.

Une vie, c'est une sorte de succession de mondes qui s'écroulent, si on veut bien y réfléchir une seconde. On construit. On y croit. On flotte dans nos illusions jusqu'à ce qu'elles crèvent comme un ballon de baudruche et qu'on manque de crever avec elle. Parce que la petite pointe aigüe de la réalité est venue tout foutre en l'air, alors il y a plus qu'à en reconstruire un autre de bonheur. Ouais, il s'agit de parler de ça du bonheur.

Bruno Fougniès
09/03/2018
Spectacle à la Une

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara

Il n'est jamais aisé de s'approprier et d'interpréter des chansons créées, portées, sublimées par des artistes tels que Barbara. Mais là où beaucoup échouèrent, Lou Casa et son chanteur Marc Casa relèvent le défi avec brio et donne une lecture étonnante, poignante et incroyablement juste de six morceaux choisis de la Dame en noir.

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara
Lou Casa, c'est deux frères, l'un au chant (Marc), l'autre au piano (Fred) et un bassiste (Julien Aeillon)… issus d'un collectif (à géométrie variable : 3 à 10 membres) qui travaillent sur des créations tant musicales (chansons, musiques improvisées) qu'expérimentales où peuvent s'associer danse, slam, poésie, vidéo, etc. Ici, après différentes productions, dont "Barbara, Quinze ans" en novembre 2012 qui initiera en 2014 le projet "Chansons de Barbara", ils décident de coucher six interprétations sur un CD intitulé "À ce jour" dont on espère que d'autres suivront.

Marc Casa donne une intonation particulière aux mots de Barbara (1), de Brel (2), de Françoise Lo (3) ou de Georges Bérard (4), portant avec élégance une certaine fêlure dans la voix qui amplifie l'émotion exprimée, la fragilité sous-tendue. En même temps, le grain légèrement rugueux donne la force et l'énergie au chant, imprimant la trame musicale soutenue par la basse toute en rythmique associée au piano percussif, notamment dans le sublime "Perlimpinpin" presque guerrier, revendicatif… Le clip est d'ailleurs très révélateur et significatif de l'interprétation choisie, exprimée par Lou Casa. Voix parlée chuchotée, prenant doucement de l'amplitude. Derrière le piano roule les notes en une rivière sautillante mi-tango mi-reggae, appuyant certains mots scandés par Marc Casa.

Gil Chauveau
17/02/2018
Sortie à la Une

Représenter, questionner, polémiquer… un spectacle reflet d'une certaine société

"Le renard envieux qui me ronge le ventre", Centre Paris Anim' Les Halles Le Marais, Paris

Le plateau se compose à la fois de l'espace de jeu, lieu majoritairement vide qui ne sera habité que par les comédiens lors de leurs interprétations, et à la fois des coulisses apparentes où sont entreposés des portants qui permettent les multiples changements de costumes et donc de rôles.

Représenter, questionner, polémiquer… un spectacle reflet d'une certaine société
La procession scénique nous évoque l'ambiance des défilés de mode où les tenues sont ici remplacées par une succession de clichés, préjugés et caricatures du féminin et du masculin, de la notion de genre et de celle de la sexualité. Le spectacle se découpe en quatre parties, chacune centrée sur un des personnages.

Les thèmes représentés sont ceux de la notion de consentement, les conditions des femmes au travail, ce qu'on attend d'un homme, un vrai, un viril, l'homosexualité, etc. Les scénarios mettent en scène l'impossibilité d'évoluer dans la société en restant soi-même, la superficialité des rapports engagés avec les autres puisque rien n'est sincère.

Désormais, le normal n'est plus de l'ordre du naturel mais s'inscrit dans un cadre sociétal. Les conventions se soumettent à des consignes latentes dans lesquelles tout le monde est plus ou moins empêtré. Nous revenons toujours dans les schémas qui nous ont été inculqués. Des interludes entrecoupent la trame narrative, qui sont fabulés, et dans lesquels se rejouent les thématiques abordées. Le cadre change mais la difficulté de s'imposer demeure : les individus sont piégés dans les rôles que la société leur a assignés.

Ludivine Picot
20/02/2018