La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle





Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

Voix nouvelles au Festival de Royaumont

Du 2 septembre au 8 octobre, l'édition 2017 du Festival de Royaumont offre douze journées de musique et de danse en programmant trente-cinq spectacles dans la sublime abbaye cistercienne, sise au cœur du Parc naturel du Val d'Oise.



Clément Mao-Takacs, Secession Orchestra © DR.
Clément Mao-Takacs, Secession Orchestra © DR.
Parmi les six week-ends thématiques proposés, les 23 et 24 septembre seront consacrés à Vienne, capitale européenne de la musique au tournant des XIXe et XXe siècles. L'occasion de découvrir le Secession Orchestra, en résidence à Royaumont, et son directeur musical, Clément Mao-Takacs.

Pianiste, compositeur et chef d'orchestre, le fougueux Clément Mao-Takacs a fondé en 2011 le Secession Orchestra (1). Entamant ainsi un exceptionnel parcours d'une cohérence sans faille, ce dynamique directeur musical - de longue date préoccupé par l'avenir du concert classique - ne pouvait que rencontrer le projet artistique de la Fondation Royaumont, désireuse de ne pas se cantonner au répertoire baroque. L'orchestre entame donc une résidence de trois ans tant au festival qu'à la Bibliothèque musicale Mahler (2), liée par un étroit partenariat avec la fondation.

Ouvrir davantage le festival aux répertoires de 1850 à nos jours, mais aussi faire entrer en résonance son travail sur l'insertion professionnelle de jeunes chanteurs - un cœur de mission tant pour Royaumont que pour l'orchestre de Clément Mao-Takacs - se déclinera en de multiples projets. En cette édition 2017 du festival, Secession Orchestra donnera un concert au titre évocateur, "Jardins d'amour", qui entend rendre hommage au lieu exceptionnel d'incubation des arts qu'est Royaumont et son abbaye, ce "vaisseau de pierre posé au milieu d'une si belle forêt" selon les propres mots du jeune chef.

Abbaye de Royaumont, octobre 2016 © Yann Monel.
Abbaye de Royaumont, octobre 2016 © Yann Monel.
Au programme, la très belle "Symphonie Lyrique" d'Alexander von Zemlinsky (1871-1942), compositeur autrichien post-wagnérien tout autant imprégné des influences de Gustav Mahler (la "lyrique" est un hommage aux "Chants de la Terre") que d'Arnold Schönberg.

Cette symphonie pour soprano et baryton, composée sur des poèmes (traduits en allemand) du poète indien Rabindranah Tagore, sera interprétée par l'excellent Stéphane Degout et la soprano Elsa Dreisig. On y tombera aussi sous le charme (au sens fort) de "L'Enchantement du Vendredi Saint", superbe pièce orchestrale extraite du "Parsifal" de Richard Wagner (3), et de "Blumine" (de G. Mahler) exaltant le Printemps sacré, ce "Ver Sacrum" cher aux Sécessionnistes viennois de la fin du XIXe siècle.

Durant la résidence de l'orchestre à la Fondation est prévu l'enregistrement d'un disque. Surtout, les projets à venir permettront de faire vivre les répertoires de la Sécession viennoise, de Richard Wagner, de Claude Debussy et de Richard Strauss, mais aussi de Benjamin Britten (entre autres)… sans oublier des œuvres contemporaines. Le partenariat avec la Bibliothèque musicale Mahler (fondée en 1986 par Maurice Fleuret et Henri-Louis de La Grange) induit également la valorisation par l'orchestre de son riche fonds - non exclusivement malhérien. Notons qu'après un premier concert en mars, un autre hommage sera rendu par Secession Orchestra à H.L. de La Grange (disparu en janvier dernier), le quatre octobre 2017 au Musée d'Orsay avec le grand baryton Thomas Hampson.

Clément Mao-Takacs © DR.
Clément Mao-Takacs © DR.
La résidence à Royaumont implique de surcroît une dimension pédagogique puisque l'orchestre de Clément Mao-Takacs donnera une série de concerts pour des publics d'enfants en éducation prioritaire dans le Val d'Oise. Une mission chère au cœur du jeune chef, toujours indigné par le fait qu'on n'enseigne pas en France la musique "de la maternelle au baccalauréat" pour tous.

Lui, qui aime entreprendre en veillant à jeter des passerelles entre les arts (il est fou de littérature), il se réjouit d'enrichir l'offre culturelle nationale avec la création de deux festivals dont il est directeur artistique : le Festival Intervalles dans le VIIIe arrondissement parisien (4) et le Festival Terraqué à Carnac en Bretagne (5).

Cette année, le Festival de Royaumont poursuit par ailleurs son œuvre d'ouverture avec (par exemple) des concerts consacrés aux "Voix Nouvelles" - ces compositeurs contemporains à faire connaître au grand public -, des journées axées sur "Le Piano romantique" et des spectacles de danse (avec le thème de "L'Abbaye en mouvement").

Si les grands noms de l'art lyrique reviennent à l'abbaye dans une série de récitals (là même où ils furent formés à leurs débuts), de nouveaux invités promettent d'écrire de belles pages du festival tels Christophe Rousset et ses Talens Lyriques. Nul doute cependant que les cinquante jeunes lauréats de la Fondation, distingués dans toutes les disciplines pour cette édition 2017, leur disputeront avec talent les faveurs du public.

(1) L'orchestre a adopté le nom du mouvement artistique de la fin du XIXe siècle, représenté notamment par Gustav Klimt, Egon Schiele ou Koloman Moser.
(2) La bibliothèque se situe au 11 bis, rue de Vézelay à Paris.
(3) Joué plus de soixante-dix fois par Secession Orchestra, "Karfreitag's Zauber" fait partie de "l'ADN de l'orchestre" (dixit C. Mao-Takacs).
(4) Le Festival Intervalles (du 11 au 16 septembre 2017) programme (entre autres) l'orchestre accompagné des deux jeunes chanteurs Edwin Fardini et Eléonore Pancrazi dans des lieder de Mahler.
(5) Le Festival de Terraqué (du 1er au 9 septembre 2017) revendique son identité wagnérienne et une variété de spectacles musicaux tant poétiques que théâtraux. Il programmera des opéras complets du compositeur d'ici cinq ans dans des lieux remarquables de Carnac.

Abbaye de Royaumont, façade © Jérôme Galland.
Abbaye de Royaumont, façade © Jérôme Galland.
Du 2 septembre au 8 octobre 2017.
Festival de Royaumont.
Fondation Royaumont,
Asnières-sur-Oise (95).
Tél. : 01 30 35 59 00.
>> royaumont.com

Des navettes sont disponibles au départ de la gare d'Asnières-sur-Oise ou de Châtelet (Paris) à destination de l'abbaye.

>> secessionorchestra.com

Christine Ducq
Lundi 4 Septembre 2017

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique





    Aucun événement à cette date.

Publicité



À découvrir

"La Cantatrice chauve"… Une merveilleuse et brève histoire du temps*

"La Cantatrice chauve", Théâtre de Belleville, Paris

En réponse à la Seconde Guerre mondiale, un nouveau courant littéraire émerge : celui de l'absurde. Des dramaturges, tels Ionesco et Beckett pour ne citer que les plus connus, s'interrogent sur le non-sens de la vie qui conduit inéluctablement à la mort. "La Cantatrice chauve" est la première pièce se réclamant de ce genre. Ionesco la définit même comme une "anti-pièce", c'est de l'"antithéâtre".

Une pièce où le "a" privatif prime. Une trame atemporelle. Le décor est constitué de rideaux d'horloges indiquant toutes un horaire différent. Les Smith affirment qu'ils n'ont pas l'heure. On ne sait pas à quel moment de la journée se déroulent les faits, ni combien de temps il s'écoule. L'action défile, s'arrête, s'accélère, décélère, se rembobine, se répète, se multiplie… Le temps se distord, se crée, se rompt, se réinvente.

Des personnages sans visage, qui sont interchangeables. Les hommes parlent d'une voix de femme, les femmes d'une voix d'homme. Le couple des Smith devient le couple des Martin et le couple des Martin devient le couple des Smith. La famille de Bobby Watson se compose uniquement d'individus portant le même nom de Bobby Watson.

Des dialogues sans logique, sans contenu, sans échange. Ce n'est plus du langage, c'est de la langue dans la forme la plus pure qui soit. C'est une association de mots, une suite de syllabes, de sonorités, un assemblage d'images... Le concret laisse place à l'abstrait. Le sens n'a plus sa place. L'esthétique le remplace.

Ludivine Picot
25/08/2017
Spectacle à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre de la Contrescarpe, Paris

Reprise Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016
Sortie à la Une

Gauthier Fourcade charge à la Don Quichotte le réalisme, le déterminisme et la logique d'un monde idiot comme un moulin à vent

"Liberté ! (Avec un point d'exclamation)", La Manufacture des Abbesses, Paris

Voilà la question. Liberté ! Au singulier et avec un point d'exclamation. Et avant tout, la liberté de choisir. C'est ce qui vient immédiatement à l'esprit face aux propositions de nos sociétés surconsommatrice, et pas seulement consommatrices en denrées, en produits manufacturés mais aussi en pensées, en pensées prêt-à-porter, en gens, en relations. En humains.

Gauthier Fourcade charge à la Don Quichotte le réalisme, le déterminisme et la logique d'un monde idiot comme un moulin à vent
Alors voilà le personnage hurluberlu de Gauthier Fourcade qui vient comme un chien dans un ballet réglé comme une machine à sous, se jeter cœur en avant avec son indécision maladive dans un monde si bien fait pour dire que les choix ont un sens. Impossible de choisir pour lui, ni la droite, ni la gauche, ni ceci, cela, rien.

Sous allures de savant fou, surgissant d'un coffre et y retournant comme on se niche dans un lit, entouré d'un dispositif presque scolaire, la déferlante de l'humour verbal du comédien va bientôt emporter toute la réalité dans une vision à perdre le souffle.

Usant de défi à l'esprit, à la logique, à l'imaginaire, avec une verve utilisant toutes les possibilités drolatiques du langage, comme assistant à l'exposition du monde intérieur de ce savant au regard aigu, le spectacle devient une aventure parcourant le monde et le temps.

Pour ce spectacle intelligent qui est, à part égale, culturel et comique, Gauthier Fourcade a fait appel à William Mesguich comme metteur en scène. Et c'est un plus. L'univers du premier et le sens du rythme et de la dramaturgie du second se combinent pour transformer ce seul en scène en spectacle multiple où chanson, magies, manipulations et marionnettes concourent tous à créer du rêve et du rire.

Bruno Fougniès
30/08/2017