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Théâtre

"Urfaust", mise en couple instable et dynamique s'arrêtant au point de brisure où l'a laissé Goethe

"Urfaust", Théâtre de la Tempête, Paris

Point de pacte avec le diable, ni de cavalcade à travers le monde dans cette première version de Faust que Goethe écrit dans sa jeunesse. Dans ce Faust originel, ce Faust primitif pris à la source médiéval (ce "Ur Faust "en allemand), l'auteur met en place un dialogue érudit et plutôt condensé par personnages interposés.



© Antonia Bozzi.
© Antonia Bozzi.
Dans ce Faust il est question de l’État de la Connaissance, Connaissance de la Nature et de la Culture, du Savoir et du Savoir-faire, des sentiments et des sensations, du sentiment de la Justice face à son rendu et sa coutume.

Un personnage opportuniste, un certain Méphistophélès, avive avec entrain les points de vue. Faust y est un célèbre professeur qui sait tout sur tout y compris la jurisprudence. S'il a l'emprise sur ses élèves par son titre et sa prestance il regrette amèrement de n'avoir pas la connaissance des choses, leur goût et leur saveur. Son premier désir est dévastateur.

Marguerite, une jeune fille chaste et pieuse qu'il désire, subira les pires tourments avant de succomber dans la honte et la folie. Avatar tardif de Don Juan, Faust est l'histoire d'un homme possédé du diable, du démon de midi, rêve de découvrir le monde, connaît ses premiers revers et évite ses premiers remords.

Goethe laisse la pièce inachevée avant de la reprendre quelques décennies plus tard.

© Antonia Bozzi.
© Antonia Bozzi.
Gilles Bouillon présente le "Ur Faust" sobrement. Dans une forme d'arène neutre et grise et poussiéreuse, avec juste ce qu'il faut de fantasmagorie et de gaîté théâtrale pour que les scènes par leur juxtaposition entrent en fusion les unes avec les autres ; et que le jeu, comme en une série de passes exigeantes, se condense et s'inverse. Les sentiments de Faust et Marguerite s'entrecroisent. De la raison à la déraison avec, en bascule, allant de l'un à l'autre, semant la zizanie ou la séduction, élégant ou bancal, faisant le lien, un "formidiable" Méphistophélès, véritable double inverse du professeur.

Cette hyper théâtralité très étudiée, jamais caricaturale, est pain bénit pour les rôles secondaires qui peuvent par cette entremise exprimer une jovialité propre au fabliau primitif. Au sens mécanique, le spectateur assiste à une mise en couple par définition instable et dynamique qui s'arrête brutalement au point de brisure où l'a laissé Goethe. Le spectateur qui a suivi avec intensité l'histoire en est tout décontenancé avant d'applaudir la performance.

"Urfaust"

Texte : Goethe.
Mise en scène : Gilles Bouillon.
Assistants à la mise en scène : Albane Aubry et Etienne Durot.
Traduction : Jean Lacoste (éditions Bartillat avec Jacques Le Rider).
Avec : Frédéric Cherboeuf, Vincent Berger, Marie Kauffmann, Juliette Poissonnier, Etienne Durot, Baptiste Chabauty.
Dramaturgie Bernard Pico.
Scénographie Nathalie Holt.
Lumières Marc Delamézière.
Musique Alain Bruel.
Costumes Hélène Kritikos.
Vidéo Arthur Colignon.
Maquillages et coiffures Eva Gorszczyk.
Peinture et sculpture Thierry Dalat.
Fabrication des costumes Anne Versel et Martine Houseaux.
Régie générale Nicolas Guellier.
Cie Gilles Bouillon.
Durée : 1 h 50.

Du 11 janvier au 5 février 2017.
Mardi au samedi à 20 h 30, le dimanche à 16 h 30.
Théâtre de la Tempête, salle Copi, La Cartoucherie, Paris 12e, 01 43 28 36 36.
>> la-tempete.fr

Jean Grapin
Vendredi 20 Janvier 2017

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