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Théâtre

"Une chambre en Inde"… contre tous les intégrismes !

"Une chambre en Inde", Théâtre du Soleil, Paris

Ariane Mnouchkine traite de la place du théâtre dans un monde marqué par les guerres, le terrorisme et un populisme d'exclusion qui rend service à celui-ci. Et elle y répond avec humour et passion.



© Michèle Laurent.
© Michèle Laurent.
Cornélia (Hélène Cinque) fait partie d'une troupe dont le directeur, M. Lear, a été appréhendé par la police indienne après être monté, nu, sur la statue du Mahatma Gandhi et avoir crié "Artaud". Il avait "pété les plombs" suite aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Du personnage, de son nom et de son acte, tout est passé à travers le prisme du théâtre ainsi que ses coulisses et ses questionnements.

Cela se passe dans une chambre en Inde où se trouve Cornélia, souvent allongée. Difficile de démêler ce qui est en dehors, de ce qui est en dedans, de ce qui est de l'imagination ou de la réalité. Tout est imbriqué. Monde et événements s'y logent faisant de ce lieu une incarnation de l'esprit du personnage.

La pièce est une œuvre collective construite autour d'improvisations. Mnouchkine se demandait "comment aujourd'hui raconter le chaos d'un monde devenu incompréhensible ? Comment raconter ce chaos sans y prendre part, c'est-à-dire sans rajouter du chaos au chaos, de la tristesse à la tristesse, du chagrin au chagrin, du mal au mal ?".

© Michèle Laurent.
© Michèle Laurent.
La pièce est composée de scènes dans lesquelles le Terukkuttu s'intègre avec le Mahabharata pour dénoncer la violence faite aux femmes. Celles-ci sont accompagnées de chants et de musiques aux rythmes soutenus ; et certains comédiens sont vêtus de costumes chamarrés aux couleurs vives. L'ailleurs incarne un véritable lieu où le mythe entre par effraction dans la chambre.

Le jeu est très physique avec des voix projetées qui, tout au long du spectacle, manifestent une réelle dynamique dans laquelle les corps s'expriment avec force. Tous les comédiens sont dans cette configuration spatiale, vocale et corporelle.

Un téléphone rappelle souvent Cornélia à la réalité. D'un rêve, elle passe à la recherche d'une inspiration, d'un positionnement théâtral pour traiter de la situation géopolitique du monde.

À travers elle, c'est Mnouchkine qui interpelle, dénonce la maltraitance des femmes, le terrorisme, ses exactions. Elle revendique le théâtre non comme un garrot qui arrêterait les massacres en Irak, en Syrie, en Libye ou ailleurs. Mais comme un Art qui peut délivrer la société de ses peurs.

© Michèle Laurent.
© Michèle Laurent.
Il y a une superposition d'espaces-temps, avec le Mahabharata et l'Inde d'aujourd'hui, dans différents lieux, en Arabie Saoudite, dans le désert ou en Islande, où songes et réalités se rejoignent. C'est une pièce-carrefour où l'hindi, le français, l'anglais et l'arabe se mêlent.

Daech est aussi évoqué, intégré dans l'histoire, dans des propos d'extrémistes truffés de lapsus qui dénotent leurs perversités ou dans un attentat manqué faisant apparaître la figure bête et naïve du terroriste. C'est très comique. Un Irakien, beaucoup plus tragique, explique Daech et le devenir de son pays.

La fin est directement inspirée du "Dictateur" de Chaplin. Le personnage, maquillé de blanc avec la moustache d'Hitler, prend la parole pour lancer un appel à être ensemble, à lutter contre tous les extrémismes. En lui, c'est l'Art et la Vie qui sont symbolisés pour venir en aide dans ces périodes troublées.

La note finale est presque idyllique. Mais c'est une belle note d'espoir. Il y a une prise de risque de Mnouchkine de traiter Daech de façon comique pendant une période d'attentats. Et c'est une force de n'avoir fait aucune concession pour briser une peur dans laquelle le terroriste s'emploie à nous enfermer. Le théâtre devient lutte sans pour autant sortir de ses allées de poésie et d'humour.

© Michèle Laurent.
© Michèle Laurent.
À quoi sert le théâtre ? La question revient souvent dans la bouche de Cornélia. Elle porte l'idée que celui-ci doit avoir toujours raison des extrémismes. Et c'est ce que fait admirablement la superbe troupe du Théâtre du Soleil.

* Le terrakkutuu est un art populaire qui englobe toutes les variantes d'une forme de théâtre de rue pratiquée en Inde du sud. Il raconte essentiellement les deux grandes épopées : le Mahabharata et le Ramayana, ainsi que quelques légendes locales dont les protagonistes sont les dieux du Panthéon hindou et des personnages mythiques. Contrairement aux formes traditionnelles indiennes, il se réfère aux textes classiques tamouls. Il a ainsi sa propre manière de raconter les mythes en y incorporant une dimension ritualiste inspirée des croyances locales.

"Une chambre en Inde"

© Michèle Laurent.
© Michèle Laurent.
Une création collective du Théâtre du Soleil.
Dirigée par Ariane Mnouchkine.
Musique de Jean-Jacques Lemêtre.
En harmonie avec Hélène Cixous.
Avec la participation exceptionnelle de Kalaimamani Purisai Kannappa Sambandan Thambiran.
Durée : environ 4 heures, entracte inclus.
3 h 30 + entracte de 15 minutes les mercredi et jeudi, entracte de 30 minutes les vendredi, samedi et dimanche.

Pour découvrir la distribution complète :

distribution_une_chambre_en_ville.pdf Distribution Une Chambre en ville.pdf  (145.3 Ko)


© Michèle Laurent.
© Michèle Laurent.
Du 5 novembre au 31 décembre 2016.
Du 3 mars au 21 mai 2017.
Du 16 juin au 9 juillet 2017.1725
Du mercredi au vendredi à 19 h 30, samedi à 16 h, dimanche à 13 h 30.
Théâtre du Soleil, La Cartoucherie, Paris 12e, 01 43 74 24 08.
>> theatre-du-soleil.fr

Du 30 mai au 10 juin 2017.
Printemps des comédiens,

Montpellier, 04 67 63 66 67.
>> printempsdescomediens.com

Safidin Alouache
Mardi 3 Janvier 2017

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Safidin Alouache
03/01/2017
Spectacle à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre Essaïon, Paris

Prolongations Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016
Sortie à la Une

"Shaman et Shadoc", une prose mélodieuse portée par un jeu riche de pleins et de déliés

"Shaman et Shadoc… Ou l'imposture des rats", Théâtre Essaïon, Paris

Deux hommes et une femme, l'un bien sapé, l'autre dépenaillé... et elle, surgissant, comme une ombre, chantonnant en vers, par intermèdes, la chronique des deux. En compagnons d'infortune : des rats, à destination de compagnie ou d'expériences. Assis sur un banc, les deux "s" - comme solitude - tentent le tête-à-tête…

En attendant la mort ou la résilience… Shaman et Shadoc dissertent, dans une forme de dualité où les rapports de force ne sont pas ce qu'ils paraissent être, où l'équilibre mental des êtres semble déterminer les règles ludiques de cet affrontement verbal ayant pour trame un passé commun volontairement oublié.

Entre eux, une femme, sœur de l'un, femme de l'autre, carbonisée, incinérée dans le feu des souvenirs, perdue dans les flammes de la mémoire, mais toujours brûlante de possibles règlements de comptes, de vengeance, d'absolution ou de renaissance… la fin en donnera la solution.

En attendant, dans un habit d'absurde faisant parfois songer à Godot, nos zigues, pas toujours débonnaires, usent de joutes oratoires et de convenances dînatoires. Dans une recherche de mainmise de l'un sur l'autre, et vice-versa, se jouent tentatives de manipulations ou de connivences. Au bout du compte, après l'épuration du cynisme et la révélation de la noire vérité se posera la question finale :
Shaman : Shadoc ! Et Dieu dans tout ça ?
Shadoc : Le brave homme.

Gil Chauveau
29/03/2017