La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle





Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Danse

"Tetris"… géométrie corporelle temporelle

"Tetris", Théâtre national de Chaillot, Paris

Erik Kaiel est né en Autriche, a grandi aux États-Unis et vit aux Pays-Bas où il a créé Tetris en 2011 pour le jeune public. Son spectacle est une vue de notre mode de vivre où le corps devient parangon géométrique de notre savoir-être.



© Konrad Simowski.
© Konrad Simowski.
Quatre danseurs, deux hommes et deux femmes s'emboîtent et se désemboîtent comme dans ce fameux jeu, Tetris. Deux figures importantes sont effectuées. La première coordonne les corps les uns sur les autres pour opérer une imbrication. La deuxième est beaucoup plus solitaire avec une gestuelle brisée, nerveuse dans lesquels les membres s'agitent dans tous les sens comme marqués par une désorganisation organique, voire mentale. L'aspect robotique devient très prégnant et ponctue les chorégraphies.

Les corps adoptent des mouvements angulaires dans lesquels ils deviennent éléments d'une construction, pièce d'un puzzle. Les danseurs ont une gestuelle avec des courbes bottées en touche où la grâce disparaît pour servir des allures géométriques dans lesquels l'esthétique ne prend pas pour autant la poudre d'escampette. Elle campe sur des attitudes figées, encastrées qui évoluent par sauts, par rebonds. La danse devient très physique, de contact sans pour autant qu'elle soit frontale. Elle est plutôt nerveuse, comme si chaque interprète avait à conquérir un espace au détriment de l'autre. Pour contrebalancer ce désir de conquête, de lieux et de personnes, le mime facial intervient par le biais d'un sourire et d'un air complice entre eux.

© Jeroen Bosch.
© Jeroen Bosch.
Le chorégraphe a pris la mesure d'un corps qui s'efface dans nos rapports quotidiens pour le porter vers une expressivité où il devient reflet du monde, objet de nos rapports sociaux où l'intime tend à s'effacer devant l'extime, où le sentiment fait disruption car il n'arrive pas à se loger dans ces relations imbriquées.

Celles-ci sont symbolisées par des rubik's cubes. Ces derniers, jeux de combinaisons géométriques pour trouver un ordre et une "cohérence" visuelle, deviennent des instruments pour télécommander les mouvements des danseurs. Ceux-ci s'exécutent, comme des robots, à chaque combinaison, sensée ou désordonnée, faisant d'eux des esclaves d'une gestuelle qui ne leur appartient plus. Pour autant que faire ? Eh bien, c'est de faire avec. Leur complicité est entendue comme une résignation avouée et sans concessions, ayant affaire à une modernité qui laisse en plan parfois, souvent, une réflexion sur des attitudes, voire des automatismes dans notre savoir-être qui nous phagocytent.

Une bonne partie du public est conviée sur scène où il devient "mouton de Panurge". Cette approche, au-delà de la valeur qu'elle peut véhiculer et qui n'est pas critiquable car descriptive, dessert la qualité, indéniable, du spectacle dans ses ultimes instants car elle n'apporte rien à la chorégraphie et fait finir celle-ci dans un brouhaha de communion. Dommage.

"Tetris"

© Jeroen Bosch.
© Jeroen Bosch.
Tout public à partir de 5 ans.
Chorégraphie, son, costumes : Erik Kaiel.
Lumières : Marco Chardon.
Avec Mayke van Kruchten, Kim-Jomi Fischer, Joseph Simon, Paulien Truijen.
Production Arch8 - Erik Kaiel.
Durée : 1 h 05.

Du 11 au 20 janvier 2017.
Mardi, mercredi, jeudi et vendredi à 10 h, mardi, jeudi et vendredi à 14 h 30.
Théâtre National de Chaillot, salle Maurice Béjart, Paris 16e, 01 53 65 30 00.
>> theatre-chaillot.fr

Safidin Alouache
Jeudi 19 Janvier 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Publicité



À découvrir

"Une chambre en Inde"… contre tous les intégrismes !

"Une chambre en Inde", Théâtre du Soleil, Paris

Ariane Mnouchkine traite de la place du théâtre dans un monde marqué par les guerres, le terrorisme et un populisme d'exclusion qui rend service à celui-ci. Et elle y répond avec humour et passion.

Cornélia (Hélène Cinque) fait partie d'une troupe dont le directeur, M. Lear, a été appréhendé par la police indienne après être monté, nu, sur la statue du Mahatma Gandhi et avoir crié "Artaud". Il avait "pété les plombs" suite aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Du personnage, de son nom et de son acte, tout est passé à travers le prisme du théâtre ainsi que ses coulisses et ses questionnements.

Cela se passe dans une chambre en Inde où se trouve Cornélia, souvent allongée. Difficile de démêler ce qui est en dehors, de ce qui est en dedans, de ce qui est de l'imagination ou de la réalité. Tout est imbriqué. Monde et événements s'y logent faisant de ce lieu une incarnation de l'esprit du personnage.

La pièce est une œuvre collective construite autour d'improvisations. Mnouchkine se demandait "comment aujourd'hui raconter le chaos d'un monde devenu incompréhensible ? Comment raconter ce chaos sans y prendre part, c'est-à-dire sans rajouter du chaos au chaos, de la tristesse à la tristesse, du chagrin au chagrin, du mal au mal ?".

Safidin Alouache
03/01/2017
Spectacle à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre Essaïon, Paris

Prolongations Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016
Sortie à la Une

Cécile Hercule… Entre histoires de belles rencontres et une certaine "bonne conscience"

Elle fut le temps d'une tournée les claviers de miCkey[3d]*, aux côtés de Mickaël Furnon (époque "La Grande Évasion), puis se lança en solo et sortit son premier album en 2010, "La tête à l'envers". Six ans plus tard, la voici de retour avec un deuxième opus, "Bonne Conscience"… Bonne nouvelle aussi !

Cécile Hercule… Entre histoires de belles rencontres et une certaine
Elle aime les aventures musicales et les bons rendez-vous. De ses premières amours pour le cirque jusqu'à sa première scène en tant que chanteuse, elle a voyagé, passant par l'apprentissage de la guitare paternelle, faisant étape à Madagascar, volant pour l'humanitaire, étudiant dans une école de théâtre à Lyon et concourant dans des castings en tant que jeune comédienne.

Puis la musique la rattrapa. Après l'expérience du succès involontaire et éphémère d'une chanson ("Au moins une fois") intégrée à un épisode de la série américaine "The L-Word" (2004), elle décide de se confronter à la scène sous son nom. Les années passent et l'artiste se construit. Pas toujours en solitaire, elle sait apprécier les bonnes associations et participe à l'album "J'ai toujours rêvé d'être un groupe de rock..." (2010) de David Tétard. S'ensuit la collaboration avec Mickaël Furton sur la période 2009/2010… Puis son premier CD !

Après celui-ci, elle poursuit les expériences. Construites sur des amitiés partagées, souvent artistiques comme avec Monsieur Lune pour "Gaston et Lucie", spectacle tout public à partir de cinq ans (plus un livre-disque) où elle chante, joue des claviers et de la scie musicale. Ou encore avec "Bodie", western pop d'un trio en cavale, qui naîtra d'une union d'affinités, lors des Rencontres d'Astaffort, avec Joko et Émilie Marsh.

Gil Chauveau
27/10/2016