La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle





Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

"Les femmes savantes"… toujours aussi corrosif !

18e Festival Itinérant des Arènes de Montmartre, Paris

La compagnie du Mystère Bouffe rempile pour une nouvelle édition son festival des tréteaux nomades autour de Tirso de Molina, Molière, William Shakespeare et Aimé Césaire. Le brassage des histoires et des époques montre un théâtre toujours en proie à l'amour et au Pouvoir.



"Les femmes savantes" © Harmony U.
"Les femmes savantes" © Harmony U.
Le festival en est à sa dix-huitième édition. La programmation est composée de "Don Juan" (1630) de Tirso de Molina (1580 env.-1648), "Les femmes savantes" (1672) de Molière (1622-1673) et "Entre deux tempêtes" d'après William Shakespeare (1564-1616) et Aimé Césaire (1913-2008).

Représenter "Les femmes savantes" aujourd'hui, c'est un peu regarder cette époque avec gourmandise. Le monde, dans lequel nous vivons, a fait de l'information la maîtresse, à tort ou à raison, de nos conduites. Dans "Les femmes savantes", il n'est pas question de l'information mais du "savoir", sa cousine très éloignée. Molière nous emmène à une période où la culture était très peu démocratisée et où le beau sexe voulait être aux prises avec ce savoir, chasse gardée élitiste de ces messieurs. La pièce met en exergue l'avidité que l'on peut avoir de faire montre de ses connaissances quand de nos jours, nous essayons de ne pas perdre pied face à une invasion d'informations.

La musique de Lionel Losada nous plonge dans une atmosphère baroque. La mise en scène de Loïc Fieffé est tissée d'une série d'espiègleries de jeu donnant à la pièce un cachet de surprises, d'amusements où le vers châtié de Molière devient souffle de spontanéité. Le comique de la gestuelle fait cause commune avec l'humour des répliques.

"Entre deux tempêtes", du 28 au 31 août © DR.
"Entre deux tempêtes", du 28 au 31 août © DR.
Trissotin (Charly Labourier) est virevoltant de majesté, prétentieux de façon ridiculement pédante, dans un étalage de vers appuyé par des échos vocaux tout en force et en harmonie. Certaines scènes sont un tantinet dansées, habillées d'une exhibition émotionnelle où le jeu scénique montre le savoir dans un théâtre d'apparat.

Toute une galerie de personnages, principaux ou secondaires, défilent pour apporter toujours une touche nouvelle donnant lieu à des effusions scéniques ou à des coups de griffes. Philaminte (Aurélie Noblesse) est sèche, hautaine avec une belle voix parfois "bien gueulante". Chrysale (Geoffroy Guerrier) sait aussi en jouer tel un peureux qui se sait vaillant quand il n'a pas l'ennemi devant lui. Julie Mori (Bélise) est pétillante de malice. Maquillée comme une pimbêche, elle campe une femme espiègle. Son jeu est baigné de générosité, la voix est superbe, le regard aguicheur.

Petit bémol au jeu, Clitandre (Jean-Romain Krynen) ne semble pas amoureux d'Henriette. Le regard n'est pas assez appuyé, plutôt fixe et bref, avec un manque d'émotions. Il faudrait peut-être qu'ils s'embrassent, la main sur le bas de la nuque, juste avant de monter sur scène !

Les personnages s'identifiant au "savoir" sont comme des enfants montrant leur jouet, incarnant par moments de façon caricaturale des débordements de fantaisie quand pour ceux qui sont loin des livres, la spontanéité et le naturel sont de mise. Chacun revendique son "identité", celui de l'esprit boursouflé d'un côté et de la simplicité de l'autre.

Les arènes de Montmartre © DR.
Les arènes de Montmartre © DR.
Paradoxalement, le "savoir", avec son aspect éthéré, caractéristique de l'esprit, devient "lourdaud" alors que les personnages, proches des considérations terre à terre, ont le visage de la sobriété, de la modération, presque de la sagesse. Tout est affaire d'illusions et d'apparat pour l'un, de discrétion pour l'autre.

Cette opposition est aussi déclinée dans les relations amoureuses. Il y a Trissotin, à l'affût de vers poétiques et d'un mariage financier avec Henriette (Agathe Boudrières) alors que Clitandre ne s'occupe que de la conquérir par amour. Tout est affaire d'attitudes entre les deux camps, comiquement grotesque et dominant d'un côté et sympathique mais dominé de l'autre. Les deux sont séparés par une conception différente des relations humaines dont la frontière est la "connaissance".

Le jeu est tranchant, vif, à l'opposé des valets l'Épine (Jean-Romain Krynen) et Vadius (Lionel Losada) qui sont dans une temporalité où le mouvement est accompagné volontairement de lenteur sous des dehors de bêtise. Leur style de jeu campe un univers différent, autant sur le tempo, que sur la parole et l'attitude.

Ainsi, les classes sociales sont identifiées par leur gestuelle et leur appréhension de l'espace. Conquérante et hautaine pour la classe des "sachants", combative pour la classe de ceux qui se moquent de l'être, et marginale pour les valets. Opposition qui montre avec gourmandise que la vraie richesse n'appartient pas à ceux qui possèdent les connaissances.

"Les femmes savantes"

Les arènes de Montmartre © DR.
Les arènes de Montmartre © DR.
Texte : Molière.
Mise en scène : Loïc Fieffé.
Création musicale : Lionel Losada.
Création costumes : Céline Curutchet.
Scénographie, accessoires : Adrien Giros et Yohan Chemmoul Barthelemy.
Lumières : Lionel Losada.
Illustration : Amélie Carpentier.
Avec Geoffroy Guerrier, Aurélie Noblesse, Marie Giros, Agathe Boudrières, Nicolas Torrens, Julie Mori, Jean-Romain Krynen, Charly Labourier, Lionel Losada, Sandrine Moaligou.
Compagnie Les Croqueurs.

Du 21 août au 3 septembre 2017.
18e Festival Itinérant des Arènes de Montmartre,
Les Tréteaux Nomades, compagnie du Mystère Bouffe.
Cour de l'Hôtel de Beauvais (Paris 4e) et aux Arènes de Montmartre (Paris 18e).
Du lundi au samedi à 20 h 30, dimanche à 16 h.
Réservations : 
01 48 40 62 49.
>> treteauxnomades.com

Safidin Alouache
Mardi 29 Août 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Avignon 2017 | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





    Aucun événement à cette date.

Publicité



À découvrir

"La Cantatrice chauve"… Une merveilleuse et brève histoire du temps*

"La Cantatrice chauve", Théâtre de Belleville, Paris

En réponse à la Seconde Guerre mondiale, un nouveau courant littéraire émerge : celui de l'absurde. Des dramaturges, tels Ionesco et Beckett pour ne citer que les plus connus, s'interrogent sur le non-sens de la vie qui conduit inéluctablement à la mort. "La Cantatrice chauve" est la première pièce se réclamant de ce genre. Ionesco la définit même comme une "anti-pièce", c'est de l'"antithéâtre".

Une pièce où le "a" privatif prime. Une trame atemporelle. Le décor est constitué de rideaux d'horloges indiquant toutes un horaire différent. Les Smith affirment qu'ils n'ont pas l'heure. On ne sait pas à quel moment de la journée se déroulent les faits, ni combien de temps il s'écoule. L'action défile, s'arrête, s'accélère, décélère, se rembobine, se répète, se multiplie… Le temps se distord, se crée, se rompt, se réinvente.

Des personnages sans visage, qui sont interchangeables. Les hommes parlent d'une voix de femme, les femmes d'une voix d'homme. Le couple des Smith devient le couple des Martin et le couple des Martin devient le couple des Smith. La famille de Bobby Watson se compose uniquement d'individus portant le même nom de Bobby Watson.

Des dialogues sans logique, sans contenu, sans échange. Ce n'est plus du langage, c'est de la langue dans la forme la plus pure qui soit. C'est une association de mots, une suite de syllabes, de sonorités, un assemblage d'images... Le concret laisse place à l'abstrait. Le sens n'a plus sa place. L'esthétique le remplace.

Ludivine Picot
25/08/2017
Spectacle à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre de la Contrescarpe, Paris

Reprise Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016
Sortie à la Une

Gauthier Fourcade charge à la Don Quichotte le réalisme, le déterminisme et la logique d'un monde idiot comme un moulin à vent

"Liberté ! (Avec un point d'exclamation)", La Manufacture des Abbesses, Paris

Voilà la question. Liberté ! Au singulier et avec un point d'exclamation. Et avant tout, la liberté de choisir. C'est ce qui vient immédiatement à l'esprit face aux propositions de nos sociétés surconsommatrice, et pas seulement consommatrices en denrées, en produits manufacturés mais aussi en pensées, en pensées prêt-à-porter, en gens, en relations. En humains.

Gauthier Fourcade charge à la Don Quichotte le réalisme, le déterminisme et la logique d'un monde idiot comme un moulin à vent
Alors voilà le personnage hurluberlu de Gauthier Fourcade qui vient comme un chien dans un ballet réglé comme une machine à sous, se jeter cœur en avant avec son indécision maladive dans un monde si bien fait pour dire que les choix ont un sens. Impossible de choisir pour lui, ni la droite, ni la gauche, ni ceci, cela, rien.

Sous allures de savant fou, surgissant d'un coffre et y retournant comme on se niche dans un lit, entouré d'un dispositif presque scolaire, la déferlante de l'humour verbal du comédien va bientôt emporter toute la réalité dans une vision à perdre le souffle.

Usant de défi à l'esprit, à la logique, à l'imaginaire, avec une verve utilisant toutes les possibilités drolatiques du langage, comme assistant à l'exposition du monde intérieur de ce savant au regard aigu, le spectacle devient une aventure parcourant le monde et le temps.

Pour ce spectacle intelligent qui est, à part égale, culturel et comique, Gauthier Fourcade a fait appel à William Mesguich comme metteur en scène. Et c'est un plus. L'univers du premier et le sens du rythme et de la dramaturgie du second se combinent pour transformer ce seul en scène en spectacle multiple où chanson, magies, manipulations et marionnettes concourent tous à créer du rêve et du rire.

Bruno Fougniès
30/08/2017