La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle





Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
CédéDévédé

"La Roulette Rustre"… Une mécanique musicale à double rouage

Le groupe lorrain fête plus d'une décennie de création musicale en sortant un superbe double album qui retrace une carrière, encore riche d'avenir, où chaque composition fait écho à une création toujours renouvelée.



En 2003, les sœurs Émilie et Camille Povillon rencontrent Florent Cautenet. Le destin bascule pour deux d'entre eux qui se marient et pour les trois qui forment "La Roulette Rustre". Depuis 2012 Romain Thomas et Chris Baker se sont intégrés à la formation.

Le premier concert, à l'été 2003, fondateur d'après Florent Cautenet, a lieu en Roumanie (Vama Veche) puis en Bulgarie (Bucarest, Timisoara). Dès leur premier album "Rue de l'étroit" (2006), le groupe impose un style musical où instruments à vent (saxophone, cuivres) et à cordes (violon, guitares, ukulélé) servent avec délice des textes bien léchés. Leurs influences sont, entre autres, la Mano Negra, Mano Solo, Brassens, Brel et Noir Désir.

Leur cinquième création éponyme est un double, rien que ça à une époque où le EP et le simple titre sont monnaie courante, faisant ainsi un beau pied-de-nez à une industrie musicale où le concept album inventé par les Beatles* se fait rare aujourd'hui. Coutumier du fait, "Un peu d'air" (2011) était sorti en clé USB avec un contenu vidéo. Leur dernier-né est composé d'une face A et d'une face B appelées respectivement "2nd souffle" et "1er souffle".

"2nd souffle" est la bande originale d'un spectacle du même nom où danse contemporaine et vidéo-projection étaient parties liées. "1er souffle" est essentiellement un ensemble de reprises de leurs chansons où ils s'entourent d'invités tels que Mourad Musset, Yves Jamait, Les Ogres de Barback, Weepers Circus, Debout sur le Zinc.

© Guillaume Suchet.
© Guillaume Suchet.
Montrant une autre facette de leurs talents, ils recréent leurs compositions en faisant des clins d'œil musicaux comme pour "Processus" qui reprend des lignes de violon de "Chacun sait" (2011) ou "Madame" qui est, de base, une introduction à "Un goût de folie" (2008). Les chansons se croisent, s'enlacent comme des amours qui se retrouvent. Ils reprennent aussi de très belle manière "Nantes" de Beirut en insufflant un rythme de plus en plus cadencé via les cuivres.

La qualité de production est remarquable. L'ossature de leur musique est construite sur les instruments à vent qui donnent souvent le "la". Ces derniers se marient avec bonheur aux instruments à cordes qui font, eux, office de trame mélodique. Les percussions sont, quant à elles, plus discrètes.

Les chansons sont aussi parfois des hymnes engagés. Les rencontres musicales sont audacieuses comme pour "Philosophe" (2011), superbe morceau où la soprano Élodie Fonnard chante avec le rappeur burkinabé Kas Boven, mêlant le chant lyrique au rap. Une juive et un musulman sur un chant yiddish laissent rêveur en ces temps de trouble.

Depuis près de dix ans, la formation arpente les routes menant leur talent sans faillir vers des sonorités où le classique embrasse goulument le rock. Que du bonheur !

* Avec "Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band" (1967). Le monde de la musique s'accorde à dire que ce sont les 129 jours les plus créatifs de la musique pop, rock et psychédélique.

© DR.
© DR.
● La Roulette Rustre Double CD "1er souffle" et "2nd souffle".
Label : L'Art ou l'Être.
Éditions : Lalouline Éditions
Distribution : Pias
Sortie : 18 novembre 2016.

Sortie du prochain single le 18 mars sous forme de clip live.

Florent Cautenet, chant, guitare, samples.
Émilie Povillon, chant, cuivres, violon.
Camille Povillon, chant, saxophones, guitare.
Romain Thomas, chant, guitare, basse, ukulélé.
Chris Baker, batterie.

Avec la collaboration de :
Clément Keller, contrebasse, basse, arrangement et direction cordes.
Nicolas Gardel, claviers, prises de son, mixage et mastering.
Arnaud Cayuela , illustration et conception graphique.
Co-réalisation : La Roulette Rustre et Nicolas Gardel.

Tournée
25 février 2017 : La Grange théâtre, Lachaussée (55).
29 avril 2017 : Grange culturelle d'Ânes Art'Gonne, Evres (55).
20 mai 2017 : Festival Cart'Son, Laneuveville-devant-Nancy (54).
21 juin 2017 : Fête de la musique à Thionville (57) à 16 h + option Lunéville (54) à 20 h 30.
23 juin 2017 : option (59).
30 juin 2017 : Festival "Les Eurythmies", Bar-sur-Aube (10).
15 septembre 2017 : Salle polyvalente, Foug (54).
16 septembre 2017 : option (55).
19 au 21 octobre 2017 : option 3 concerts (Grand Est) avec Les Ogres de Barback
26 janvier 2018 : Créanto, Créhange (57).
27 janvier 2018 : option (67).

Safidin Alouache
Mardi 14 Février 2017

Nouveau commentaire :

Théâtre | Danse | Concerts & Lyrique | À l'affiche | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | Trib'Une | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Archives





Publicité



À découvrir

"Une chambre en Inde"… contre tous les intégrismes !

"Une chambre en Inde", Théâtre du Soleil, Paris

Ariane Mnouchkine traite de la place du théâtre dans un monde marqué par les guerres, le terrorisme et un populisme d'exclusion qui rend service à celui-ci. Et elle y répond avec humour et passion.

Cornélia (Hélène Cinque) fait partie d'une troupe dont le directeur, M. Lear, a été appréhendé par la police indienne après être monté, nu, sur la statue du Mahatma Gandhi et avoir crié "Artaud". Il avait "pété les plombs" suite aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Du personnage, de son nom et de son acte, tout est passé à travers le prisme du théâtre ainsi que ses coulisses et ses questionnements.

Cela se passe dans une chambre en Inde où se trouve Cornélia, souvent allongée. Difficile de démêler ce qui est en dehors, de ce qui est en dedans, de ce qui est de l'imagination ou de la réalité. Tout est imbriqué. Monde et événements s'y logent faisant de ce lieu une incarnation de l'esprit du personnage.

La pièce est une œuvre collective construite autour d'improvisations. Mnouchkine se demandait "comment aujourd'hui raconter le chaos d'un monde devenu incompréhensible ? Comment raconter ce chaos sans y prendre part, c'est-à-dire sans rajouter du chaos au chaos, de la tristesse à la tristesse, du chagrin au chagrin, du mal au mal ?".

Safidin Alouache
03/01/2017
Spectacle à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre Essaïon, Paris

Prolongations Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016
Sortie à la Une

"Shaman et Shadoc", une prose mélodieuse portée par un jeu riche de pleins et de déliés

"Shaman et Shadoc… Ou l'imposture des rats", Théâtre Essaïon, Paris

Deux hommes et une femme, l'un bien sapé, l'autre dépenaillé... et elle, surgissant, comme une ombre, chantonnant en vers, par intermèdes, la chronique des deux. En compagnons d'infortune : des rats, à destination de compagnie ou d'expériences. Assis sur un banc, les deux "s" - comme solitude - tentent le tête-à-tête…

En attendant la mort ou la résilience… Shaman et Shadoc dissertent, dans une forme de dualité où les rapports de force ne sont pas ce qu'ils paraissent être, où l'équilibre mental des êtres semble déterminer les règles ludiques de cet affrontement verbal ayant pour trame un passé commun volontairement oublié.

Entre eux, une femme, sœur de l'un, femme de l'autre, carbonisée, incinérée dans le feu des souvenirs, perdue dans les flammes de la mémoire, mais toujours brûlante de possibles règlements de comptes, de vengeance, d'absolution ou de renaissance… la fin en donnera la solution.

En attendant, dans un habit d'absurde faisant parfois songer à Godot, nos zigues, pas toujours débonnaires, usent de joutes oratoires et de convenances dînatoires. Dans une recherche de mainmise de l'un sur l'autre, et vice-versa, se jouent tentatives de manipulations ou de connivences. Au bout du compte, après l'épuration du cynisme et la révélation de la noire vérité se posera la question finale :
Shaman : Shadoc ! Et Dieu dans tout ça ?
Shadoc : Le brave homme.

Gil Chauveau
29/03/2017