Connectez-vous S'inscrire

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle





Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Théâtre

Am... Corps dansé, corps réconcilié, toile tissée sur le fil tendu de territoires reconquis

Avignon Off 2012, "am", Théâtre la Luna, Avignon

Entre fragilité et puissance, entre douceur et violence, une expression corps et âmes, une incarnation de l'âme dans le corps, un corps comme instrument du langage de l'âme, "Am" de MariA (l'une des quatre chorégraphes du spectacle "Sentires", coup de cœur du Festival Off d'Avignon 2004) est tout cela et bien plus à la fois... Un voyage initiatique... chamanique, une réconciliation, une danse "horizon" où se rejoigne enfin le ciel/âme et la terre/corps..



© DR.
© DR.
Territoires corporels reconstitués ré-apprivoisés au fil du temps, posé, graphique, géographique, comme une traversée des cultures chorégraphiées. Projection d'une sphère, virtualité astrale et filée, représentation numérique où l'ombre du corps de MariA, pansé, guéri, se colle, se fond dans des mouvements enchaînés, souple et apaisé, où l'âme, soulagée, réincarne l'être physique.

L'esprit, la mémoire de la danse reprend possession de la matière, de la chair, et le corps devient caisse de résonance, élément percussif... rythmes soutenus, maîtrisés du flamenco... mode allégorique du renouveau, magnifique langage... racines originelles du corps instrument. Le chant suit, superbe, d'une intense intériorité, donnant l'une des clefs de ce voyage... chorégraphie hommage à la vie... "Razon de Vivir"... "Raison de vivre, ma vie".

La réconciliation emprunte les chemins des territoires anatomiques, îles perdues à nouveau dévoilées... clarté exclusive illuminant les mouvements du ventre, du dos... des mains... manos alumbradas... On ne voit qu'elles, la complexité de leur expression, ce code gestuelle spécifique, si précis, si volubile (tout en aisance et rapidité) devient limpide.

© DR.
© DR.
Les chemins dansés, séquences vivantes, souvenirs des pays traversés, passent de solos "blancs" tout en douceur et gracilité - superbe avec les voiles, évanescents, aériens - à ceux plus "sang et noir" d'influences amérindiennes avec le tambourin en peau wapiti, très organique, symbole du battement du cœur de la Terre-Mère ; ou sud-américain (retour aux origines) avec les Boleadoras et le Malambo (initialement exclusivement masculin).

"Am" est une trame sensible tissée sur des images rêvées, réconciliées, sur les reflets d'un miroir intérieur - retrouver les sensations -, sur une représentation extérieur vidéo-projetée - retrouver sa gémellité artistique - ; "Am" est une ode à la vie, retrouvailles heureuses et pleines d'espérances où la danse, malgré une haute technicité (MariA, féline et gracieuse, entre férocité et élégance), touche au plus profond de l'âme - est l'expression de l'âme - tant la sincérité et l'énergie créatrice de MariA vous "prend aux tripes", vous bouscule...

"Am" est l'histoire d'un être en "renaissance", une redécouverte intérieure, une reprise de possession artistique en pleine évolution mais aussi l'histoire d'un parcours longuement construit au fil des années, sans frontières, sans barrières, avec pour seuls guides la curiosité et la soif d'apprendre, nomadisme du savoir, de la connaissance. Dans "Am", cela se traduit par la traversée dansée de pays, d'influences, mémorisées, "digérées", assimilée et retranscrites sur le canevas de sa sensibilité personnelle.

Un spectacle habité, construit comme un parcours émotionnel, en ondes fortes et énergiques, ou sensibles et sensuelles, qui se lit comme un parchemin du cœur. Une écriture chorégraphique qui se vit comme une aventure corporel incarnée où le ressenti, l'émotion prennent le dessus, naturellement, sur l'abstraction cérébral... Un voyage hors du commun au pays de la danse.

"am"

De MariA.
Avec : MariA.
Lumières : Stéphane Balny.
Costumes : Mathilde Baillet.
Vidéo : Stéphane Balny.
Graphisme : David Ducros.
Musique : James Sadras (musique de lien).
Durée : 1 h 15.

Avignon Off 2012
A été joué du 7 au 28 juillet 2012.
Tous les jours à 22 h 59.
Théâtre La Luna, 1, rue Séverine, Avignon, 04 90 86 96 28.
>> theatre-laluna.fr

Gil Chauveau
Vendredi 3 Août 2012

Nouveau commentaire :

Théâtre | À l'affiche | Humour | Festivals | Pitchouns | Paroles & Musique | CédéDévédé | RV du Jour | Pièce du boucher | Coulisses & Cie | Coin de l’œil | Trib'Une | Archives | Concerts & Lyrique




S'identifier

Dans la boutique

Anciens Numéros de La Revue du Spectacle (10)

Vente des numéros "Collectors" de La Revue du Spectacle.
10 euros l'exemplaire, frais de port compris.





Publicité



À découvrir

Un Marivaux porté avec naturel et élégance par Isabelle Huppert et Bulle Ogier dans la mise en scène de Bondy

"Les Fausses Confidences", Théâtre de l'Odéon, Paris

La machine théâtrale de Marivaux est réglée comme une horlogerie de précision. Dans "Les Fausses Confidences", l’histoire est présentée de manière néo-contemporaine avec simplicité, naturel et, osons le dire, élégance, par Luc Bondy, sans frivolités, marivaudages ou coquetteries.

Un Marivaux porté avec naturel et élégance par Isabelle Huppert et Bulle Ogier dans la mise en scène de Bondy
C’est l’histoire d'Araminte, veuve et richissime, assiégée par tous les membres de son entourage qui veulent asseoir, grâce à elle, chacun, sans vergogne, leur bonne fortune. Dans ce monde mouvant parti à la quête de la marchandisation des apparences, là où ni la confiance ni le cœur n’ont leur place, les valets et servantes, les intendants, les nobles à la recherche d’aisance, la mère autoritaire à la recherche de titre de noblesse, tous sont atteints de fébrilité accapareuse. Araminte cherche à échapper aux filets qui sont lancés sur elle.

C’est aussi l’histoire (traditionnelle au théâtre) de Dorante, jeune homme pauvre, amoureux, qui, pour approcher le cœur de sa belle, ne pouvant prétendre à mariage du fait de l’écart des conditions sociales, use de stratagèmes, de ruses avec la complicité d’un valet, d’un entremetteur. Et qui n’a comme seule force l’affichage de sa probité pour convaincre. Au risque du paradoxe, du mensonge des apparences.

Jean Grapin
03/02/2014
Spectacle à la Une

L'univers affreux, bête et méchant mais terriblement drôle de Bénédicte Vidal

"Bénédicte Vidal sort les griffes", Théâtre Le Bout (Paris) + Tournée

Elle a du talent… et une véritable écriture qu'elle a déjà mise au service des autres (Arthur, Marc-Olivier Fogiel, Nagui, etc.). Elle a une voix - qui lui permet de personnaliser et d'habiller ses différents personnages -, une vraie présence scénique et un humour caustique, terriblement actuel et d'une méchanceté jouissive qui n'est pas sans nous rappeler l'envergure comique d'une Zouc. Elle se nomme Bénédicte Vidal, se produit à la fois sur une scène parisienne et dans différentes villes de France.

L'univers affreux, bête et méchant mais terriblement drôle de Bénédicte Vidal
Bénédicte Vidal a du mordant, du chien et ne s'en laisse pas conter... Créant des personnages qu'on imagine proches cousins des affreux, sales et méchants de la grande époque de la comédie à l'italienne, elle bouscule avec énergie certains tabous, ose une légère mais taquine cruauté ("Jackette et le chat") et pose des questions essentielles mais politiquement totalement incorrects comme : Devient -on forcément raciste quand on est élevé en région PACA par un père CRS ? ; Doit-on annoncer à un enfant qu'il est adopté ? ; Le parrainage d'enfant africain est-il un pari sur l'avenir ? ; Peut-on nourrir l'enfant que l'on garde au Space-cake pour avoir enfin la paix ? Est-il raisonnable de s'appeler Cohen dans une cité où votre voisine est celle de la première question ?

Bénédicte Vidal a le sens de la structure comique et chacun de ses sketchs (indissociable d'un personnage) est construit sur une trame serrée, sans creux ni rupture involontaire, tout silence étant opportun. Les effets visuels ou verbaux se succèdent, s'enchaînent sans temps morts, et établissent sans excès le champ caricatural des divers rôles interprétés (de la baby-sitter à la sycophante marseillaise en passant la déjantée et cruelle Jackette ou l'admiratrice allumée mais perfide).

Gil Chauveau
04/04/2015
Sortie à la Une

Le stand-up caustique, trash mais hilarant de la mutine et espiègle Blanche Gardin

"Il faut que je vous parle", La Nouvelle Seine, Paris

Âmes sensibles s'abstenir, spectacle interdit au moins de seize ans... Ne vous attendez pas au pire, ça va être encore pire... Car Blanche Gardin dépasse les bornes, les limites, fait valdinguer les tabous... Et tout ça, avec une frimousse de séraphine et surtout un insolent talent. Bref c'est jouissif, hilarant et réveille nos neurones façon chaise électrique !

Le stand-up caustique, trash mais hilarant de la mutine et espiègle Blanche Gardin
Rarement stand-up aura été aussi délectable... et trash ! Blanche manie le vitriol avec une dextérité remarquable et harponne de ses fourches Caudines tant les télescopages involontaires de l'actualité ("éclipse solaire + crash A320 = éclipse d'avion !", par exemple) que les lapalissades masculines sur la vie de couple ou les effets de ses propres échecs et de ses remises en question sur sa féminité et ses capacités à dépasser le cap "meetic.fr" à 38 ans.

Plantée fermement sur ces deux jambes, ce trentenaire petit bout de femme au dessin d'ange, quasi immobile, en composition inébranlable façon John Cleese, dont le visage ne trahit aucune émotion, ni expression nous convainc très vite que tout ce qui est petit n'est pas forcément mignon et que derrière un ange se trouve souvent le démon, voire nos démons.

Sans jamais perdre sa posture "stand-up" - droite et rigide dans ses bottes", la douce et mutine Blanche assène, avec une délectation non feinte - lisible dans son regard aux pétillements sagaces -, des vérités dont les évidences font frissonner la salle (comble) et doivent quelque peu ébranler certains cerveaux mous nourris à la Blédina consensuel. Parmi celles-ci sont passées en revue : les états d'âme du terroriste moyen, les avantages de l'alcool pour briser la solitude, la cruauté de se faire larguer au moment où l'horloge biologique s'affole, le vivre ensemble (compliqué en ce moment !), la recherche de l'âme seule (et non plus de l'âme sœur), la naturalité de l'homosexualité féminine, la fragilité des croyances, la congélation des ovocytes façon Picard, les arnaques philosophiques de Socrate à Jésus, etc.

Gil Chauveau
29/04/2015