La Revue du Spectacle, le magazine des arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, cirque, arts de la rue, agenda, CD, etc.
La Revue du Spe La Revue du Spe

La Revue du Spectacle, le magazine de tous les arts de la scène et du spectacle vivant. Infos théâtre, chanson, café-théâtre, arts de la rue, agenda, CD, etc.

Depuis 1989, le magazine du spectacle vivant et des arts de la scène - Un art sans artistes est une démocratie sans voix - Vous trouvez que la culture coûte cher ? Essayez l’ignorance… - La Revue du Spectacle soutient les intermittents du spectacle





Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager
Concerts

All the pleasures : un Concert Shakespearien au Festival Berlioz

Depuis le 18 août 2017, la 24e édition du Festival Berlioz a levé le rideau sur une programmation riche pensée autour des séjours londoniens du compositeur romantique et de son exceptionnelle passion pour l'œuvre de William Shakespeare.



François-Xavier Roth © B. Moussier.
François-Xavier Roth © B. Moussier.
Retour sur un début de festival très réussi avec le fabuleux Concert Shakespearien offert par le Maestro François-Xavier Roth à la tête du Jeune Orchestre Européen Hector Berlioz, l'orchestre-académie du festival et Les Siècles. À réécouter en podcast sur le site de Radio Classique.

C'est aussi avec le célèbre ensemble de Robert King, The King's Consort, que s'est ouverte cette nouvelle édition du Festival Berlioz. Avec un programme consacré aux œuvres vocales de trois compositeurs anglais emblématiques (dont deux qu'Hector Berlioz a pu entendre lors de ses séjours à Londres) Henry Purcell, Georg-Friedrich Haendel (naturalisé anglais en 1726) et enfin leur héritier au XXe siècle, Benjamin Britten. Tous trois rendant hommage par ode ou hymne à Sainte-Cécile, patronne des musiciens, qu'on fêtait alors.

La langoureuse invocation à la sainte de Purcell (sur un texte de Christopher Fishburn) et l'hymne sublime a cappella de Britten ("Hymn to St Cecilia" sur un texte de son librettiste W.H. Auden) sont l'occasion de retrouver les qualités qui ont rendu mondialement célèbre l'ensemble, musiciens et chanteurs : une sonorité ronde, un phrasé ciselé pour les ornementations déliées de l'écriture polyphonique et un sentiment spirituel intense valant grâce épiphanique.

Robert King, The King's Consort © DR.
Robert King, The King's Consort © DR.
Les coups du tonnerre à l'extérieur en cette nuit d'orage semblaient annoncer le fantôme du grand Hector. L'"Ode to St Cecilia" de Haendel (sur un poème de John Dryden) se révèle après l'entracte un vaste oratorio, superbe de bout en bout, au souffle dramatique puissant, relatant l'histoire de la création du monde jusqu'à l'Apocalypse, non sans évoquer l'Harmonie des Sphères (un concept pythagoricien ici christianisé) s'accomplissant grâce à la musique divine et à l'influence de la Bienheureuse. Une leçon de musique aussi, puisque les instruments tels la trompette, la flûte, les violons, l'orgue, la voix y démontrent leur pouvoir tour à tour.

Le lendemain, le pianiste François-Frédéric Guy achevait son intégrale des Trios avec piano de L. Van Beethoven commencée au festival en 2013. Avec ses complices Xavier Phillips au violoncelle et Jean-Marc Phillips-Varjabédian (le violon du Trio Wanderer) se recompose finement l'art alchimique de tempéraments d'artistes, mais s'expose aussi la variété formelle beethovénienne du genre du trio.

On sait quel choc représenta pour Berlioz la découverte du compositeur viennois : "un monde nouveau en musique", écrira-t-il dans ses "Mémoires". Ce sont les derniers trios qu'offre François-Frédéric Guy, spécialiste du répertoire romantique et de Beethoven, qui en a enregistré au disque les trente-deux sonates, les cinq concertos et l'intégrale de la musique de chambre (avec Xavier Phillips justement).

À l'écoute des Trio n° 8 et vaste Trio n° 7 opus 97 dit "L'Archiduc", et au cheminement marqué par les Trios n° 11 et 9 (à l'unique mouvement "Allegretto"), l'écriture se révèle dans toute sa complexité et ses variations. Du plaisant au plus sobrement tourmenté, des plus simples associations aux effets plus amplement orchestraux, Beethoven explore toutes les possibilités de cette forme qu'il a expérimentée dès 1791. Le piano de François-Frédéric Guy, virtuose et sensible, y montre un art de la narration comme de la méditation, idéalement secondé par des cordes aux caractères bien affirmés.

Le soir, dans l'auditorium rénové du Château Louis XI, le magicien François-Xavier Roth réalise un vieux rêve de Berlioz (jamais réalisé de son vivant) à la tête du Jeune Orchestre Européen Hector Berlioz (le JOEHB), l'orchestre-académie du festival depuis 2009, composé de jeunes étudiants européens ici encadrés par les solistes des Siècles (l'orchestre sur instruments d'époque du Maître fondé en 2003). Un "Concert Shakespearien" que le Generalmusikdirektor de Cologne (et Chef invité principal du London Symphony Orchestra jusqu'en 2018) a mis au point avec Bruno Messina selon les vœux du compositeur.

François-Frédéric Guy, Jean-Marc Phillips-Varjabédian et Xavier Phillips © DR.
François-Frédéric Guy, Jean-Marc Phillips-Varjabédian et Xavier Phillips © DR.
Le génie symphonique d'Hector Berlioz est, c'est peu de le dire, supérieurement infusé par les œuvres du grand dramaturge élisabéthain. "Tout avec Berlioz (…) devient drame", remarquait Paul Dukas ; d'où l'inéluctabilité de la rencontre avec l'univers de Shakespeare pour celui qui formait selon le poète Théophile Gautier l'un des piliers de la Trinité romantique avec V. Hugo et E. Delacroix.

Après la "Grande Ouverture du Roi Lear" (1831), et ses continuelles ruptures tonales, deux extraits de "Lélio ou le Retour à la vie" ("Monodrame lyrique" de 1831 appartenant avec la "Symphonie Fantastique" aux "Episodes de la Vie d'un Artiste") mettent en scène avec un imposant choeur (les impeccables Spirito, Jeune Choeur Symphonique et Choeur d'oratorio de Lyon) le récit de Lélio (c'est-à-dire le compositeur lui-même) dans une œuvre qui échappe à tout classement.

Une quasi épopée évoquant "La Damnation de Faust", qui fait la part belle au sens des dynamiques comme à celui du drame de François-Xavier Roth. Une perfection d'interprétation qui éclate avec "La Mort d'Ophélie" bouleversante et la "Marche funèbre pour la dernière scène d'Hamlet" (extraite de "Tristia"), à la grandeur extraordinaire, avec ses tambours hors scène et ses coups de tonnerre créés cette fois par l'orchestre.

Daniel Mesguich pour le Concert Shakespearien © DR.
Daniel Mesguich pour le Concert Shakespearien © DR.
Après l'entracte, cinq extraits de "Roméo et Juliette", la troisième symphonie de Berlioz composée en sept mois en 1839, ne sont pas moins impressionnants. Berlioz la trouve "grandiose, passionnée, pleine de fantaisie aussi". On ne saurait le contredire. Dans ce mi-opéra, mi-cantate pour orchestre et chœurs, le compositeur révèle un génie mélodique rare, un lyrisme parfois délicat et offre de superbes pages lumineuses ou orageuses que la direction de François-Xavier Roth révèle avec un art parfait de miniaturiste comme de fresquiste.

L'ouverture de "Béatrice et Bénédict" (d'après "Beaucoup de bruit pour rien") composée en 1862 déploie sa riche texture orchestrale en finale d'un superbe concert transcendé par l'art d'un Chef emmenant au sommet son orchestre (qui sonne homogène), et la voix toujours fascinante du récitant Daniel Mesguich lisant des extraits des "Mémoires" comme des drames à la source de l'inspiration berliozienne.

Les jeunes étudiants du JOEHB, à l'école endurante du service berliozien, se seront faits les dignes serveurs du culte qu'on doit au compositeur romantique (qui mérite tant qu'on gravisse la colline sacrée de La Côte-Saint-André). Cette académie, entièrement dévouée à la cause grâce aux trésors de la transmission, est décidément une bien belle idée.

Festival Berlioz
Du 18 août au 3 septembre 2017.
Programme complet et réservations :
AIDA, 38, place de la Halle, La Côte-Saint-André (38).
Tel : 04 74 20 20 79.
>> festivalberlioz.com

Exposition "Berlioz à Londres" du 10 juin au 30 septembre 2017.
Musée Berlioz.
69, rue de la République, La Côte-Saint-André (38).
Entrée gratuite.
>> musee-hector-berlioz.fr

Christine Ducq
Jeudi 31 Août 2017

Nouveau commentaire :

Concerts | Lyrique





    Aucun événement à cette date.

Publicité



À découvrir

"La Cantatrice chauve"… Une merveilleuse et brève histoire du temps*

"La Cantatrice chauve", Théâtre de Belleville, Paris

En réponse à la Seconde Guerre mondiale, un nouveau courant littéraire émerge : celui de l'absurde. Des dramaturges, tels Ionesco et Beckett pour ne citer que les plus connus, s'interrogent sur le non-sens de la vie qui conduit inéluctablement à la mort. "La Cantatrice chauve" est la première pièce se réclamant de ce genre. Ionesco la définit même comme une "anti-pièce", c'est de l'"antithéâtre".

Une pièce où le "a" privatif prime. Une trame atemporelle. Le décor est constitué de rideaux d'horloges indiquant toutes un horaire différent. Les Smith affirment qu'ils n'ont pas l'heure. On ne sait pas à quel moment de la journée se déroulent les faits, ni combien de temps il s'écoule. L'action défile, s'arrête, s'accélère, décélère, se rembobine, se répète, se multiplie… Le temps se distord, se crée, se rompt, se réinvente.

Des personnages sans visage, qui sont interchangeables. Les hommes parlent d'une voix de femme, les femmes d'une voix d'homme. Le couple des Smith devient le couple des Martin et le couple des Martin devient le couple des Smith. La famille de Bobby Watson se compose uniquement d'individus portant le même nom de Bobby Watson.

Des dialogues sans logique, sans contenu, sans échange. Ce n'est plus du langage, c'est de la langue dans la forme la plus pure qui soit. C'est une association de mots, une suite de syllabes, de sonorités, un assemblage d'images... Le concret laisse place à l'abstrait. Le sens n'a plus sa place. L'esthétique le remplace.

Ludivine Picot
25/08/2017
Spectacle à la Une

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire

"Dieu est mort", Théâtre de la Contrescarpe, Paris

Reprise Quarante ans de présence maternante de la mère, et de fables apprises soumises à l'épreuve de vérité de la vie, vingt ans de psychanalyse et autant d'enseignement difficultueux, les deuils et les amours n'auront pas suffi.

Toute recherche sur la condition de l'homme passe nécessairement par l'épreuve du rire
L'homme décrit par Régis Vlachos est toujours assailli par le doute terrible, asséné avec aplomb. Un doute sur lequel s'amoncelle tout un faisceau de présomptions de preuves mais toujours évacué (?)par un ange gardien pas loin. Dieu est mort.

Avec ses trois bouts de ficelle tirés du cabaret, toujours en marge du branquignol avec un sens du bricolage et du dérisoire assumé, le spectacle installe la convention de la scène et sa fiction. La détruit instantanément. Régis Vlachos enfile les scènes comme autant d'épisodes d'une conscience en chemin vers elle-même.

Qui avance sans jamais se moquer sinon d'elle-même. Dans "Dieu est mort", l'homme rit de ses propres errances C'est pourquoi le rire est spontané car chacun y reconnaît les siennes. Cela est théâtre. Et du bon. Thérapique. Cathartique.

Ce théâtre fait comprendre que le rire étant le propre de l'homme, toute recherche sur sa condition en passe nécessairement au final par l'épreuve du rire. En partage. L'on peut déguster, en famille, entre amis, ce spectacle qui donne à chacun le chemin de l'humour.

Jean Grapin
19/12/2016
Sortie à la Une

Gauthier Fourcade charge à la Don Quichotte le réalisme, le déterminisme et la logique d'un monde idiot comme un moulin à vent

"Liberté ! (Avec un point d'exclamation)", La Manufacture des Abbesses, Paris

Voilà la question. Liberté ! Au singulier et avec un point d'exclamation. Et avant tout, la liberté de choisir. C'est ce qui vient immédiatement à l'esprit face aux propositions de nos sociétés surconsommatrice, et pas seulement consommatrices en denrées, en produits manufacturés mais aussi en pensées, en pensées prêt-à-porter, en gens, en relations. En humains.

Gauthier Fourcade charge à la Don Quichotte le réalisme, le déterminisme et la logique d'un monde idiot comme un moulin à vent
Alors voilà le personnage hurluberlu de Gauthier Fourcade qui vient comme un chien dans un ballet réglé comme une machine à sous, se jeter cœur en avant avec son indécision maladive dans un monde si bien fait pour dire que les choix ont un sens. Impossible de choisir pour lui, ni la droite, ni la gauche, ni ceci, cela, rien.

Sous allures de savant fou, surgissant d'un coffre et y retournant comme on se niche dans un lit, entouré d'un dispositif presque scolaire, la déferlante de l'humour verbal du comédien va bientôt emporter toute la réalité dans une vision à perdre le souffle.

Usant de défi à l'esprit, à la logique, à l'imaginaire, avec une verve utilisant toutes les possibilités drolatiques du langage, comme assistant à l'exposition du monde intérieur de ce savant au regard aigu, le spectacle devient une aventure parcourant le monde et le temps.

Pour ce spectacle intelligent qui est, à part égale, culturel et comique, Gauthier Fourcade a fait appel à William Mesguich comme metteur en scène. Et c'est un plus. L'univers du premier et le sens du rythme et de la dramaturgie du second se combinent pour transformer ce seul en scène en spectacle multiple où chanson, magies, manipulations et marionnettes concourent tous à créer du rêve et du rire.

Bruno Fougniès
30/08/2017