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● Avignon Off 2016 ● Annihiler la souffrance et faire jaillir l'altruisme, le temps d'un petit bonheur

"Grisélidis", Comédie-Française Studio, Paris >> Festival Off d'Avignon

Du fond de la salle à l'avant-scène, Grisélidis (jouée par Coraly Zahonero) parle d'elle, de sa vie et tient colloque. Prostituée, sociologue, anarchiste, écrivain. Les mots hésitent à la caractériser.

● Avignon Off 2016 ● Annihiler la souffrance et faire jaillir l'altruisme, le temps d'un petit bonheur
Accompagné par la plainte du violon et les gémissements du saxo qui peuvent s'accorder et s'exacerber en une danse endiablée, le personnage est à la lisière des mondes, joue avec l'ombre (ses ombres) pour donner du relief à la lumière.

Un rideau s'ouvre comme un paravent, elle s'installe à sa table de toilette ou son lit de parade et le lointain s'élargit à l'azur. D'apartés en apartés, Grisélidis conquiert la scène de sa vie et la scène du théâtre. Ce qui pourrait être monologue fermé devient témoignage et dialogue. L'intimité est partagée. Une immense solitude enfermée par tous les tabous devient ainsi concertante et déconcerte…

Car Grisélidis dit les choses en tout réalisme. Un langage populaire glisse en une langue recherchée. Sans à-coups, ni effets littéraire de genre. Jamais complaisant, jamais argotique. Plutôt que de développer un pittoresque du malheur, le personnage lucide sur lui-même et la misère qui l'accompagne, tient un discours d'amour et de compréhension. Insistant sur le rôle social éminemment positif de la prostituée.

Jean Grapin
03/05/2016
Spectacle à la Une

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara

Il n'est jamais aisé de s'approprier et d'interpréter des chansons créées, portées, sublimées par des artistes tels que Barbara. Mais là où beaucoup échouèrent, Lou Casa et son chanteur Marc Casa relèvent le défi avec brio et donne une lecture étonnante, poignante et incroyablement juste de six morceaux choisis de la Dame en noir.

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara
Lou Casa, c'est deux frères, l'un au chant (Marc), l'autre au piano (Fred) et un bassiste (Julien Aeillon)… issus d'un collectif (à géométrie variable : 3 à 10 membres) qui travaillent sur des créations tant musicales (chansons, musiques improvisées) qu'expérimentales où peuvent s'associer danse, slam, poésie, vidéo, etc. Ici, après différentes productions, dont "Barbara, Quinze ans" en novembre 2012 qui initiera en 2014 le projet "Chansons de Barbara", ils décident de coucher six interprétations sur un CD intitulé "À ce jour" dont on espère que d'autres suivront.

Marc Casa donne une intonation particulière aux mots de Barbara (1), de Brel (2), de Françoise Lo (3) ou de Georges Bérard (4), portant avec élégance une certaine fêlure dans la voix qui amplifie l'émotion exprimée, la fragilité sous-tendue. En même temps, le grain légèrement rugueux donne la force et l'énergie au chant, imprimant la trame musicale soutenue par la basse toute en rythmique associée au piano percussif, notamment dans le sublime "Perlimpinpin" presque guerrier, revendicatif… Le clip est d'ailleurs très révélateur et significatif de l'interprétation choisie, exprimée par Lou Casa. Voix parlée chuchotée, prenant doucement de l'amplitude. Derrière le piano roule les notes en une rivière sautillante mi-tango mi-reggae, appuyant certains mots scandés par Marc Casa.

Gil Chauveau
01/02/2016
Sortie à la Une

● Avignon OFF 2016 ● La parole de Pier Paolo Pasolini résonne comme une nécessité, une vitalité désespérée

"Une Vitalité désespérée", Présence Pasteur, Avignon

"Sono come un gatto bruciato vivo, 
Pestato dal copertone di un autotreno,
 Impiccato da ragazzi a un fico…" "Je suis comme un chat brûlé vif, 
écrasé sous la roue d’un semi-remorque, pendu par des garçons à un figuier", écrivait Pier Paolo Pasolini dans son poème prémonitoire au début des années soixante. Una disperata vitalità.

● Avignon OFF 2016 ● La parole de Pier Paolo Pasolini résonne comme une nécessité, une vitalité désespérée
Dans "Une vitalité désespérée", Christophe Perton s'appuie sur la dernière interview dans laquelle l'auteur revendique le droit au scandale et à son plaisir associé en opposition à une société consumériste où déjà la télévision et la publicité formataient les esprits. Le spectacle présente une suite d'œuvres du poète assassiné.

Le jeu se développe sur un plateau scénique minimaliste qui se creuse d'ombres et de lumières. Les comédiens, unis qu'ils sont par une même recherche, pèsent les mots et les attitudes, interrogent les écrits ou les extraits filmiques, scrutent les images, dénouent en partage les fils d'une vie sulfureuse et révoltée.

Dans l'aller-retour des contrastes, entre les images projetées et les corps, les voix bien réelles présentes sur la scène, le spectacle voit s'opposer la beauté de la sur-présence des acteurs ou des actrices à la laideur des esthétiques imposées. De proche en proche Christophe Perton crée un espace paradoxalement apaisé.

Et sans qu'il soit question de lui surimposer une vision d'actualité contemporaine, le spectateur est invité à redécouvrir, par delà les préjugés, en derniers témoignages de l'auteur, des instants d'étonnement purs et de réflexion. La beauté joyeuse d'une Anna Magnani prolétaire dans "Mamma Roma" ou la tristesse d'une Marylin Monroe iconique couverte de diamants.

Jean Grapin
08/07/2016