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Côtoyer les estats et empires de la lune et du soleil du vrai Cyrano de Bergerac... sans le savoir vraiment

Reprise "Cyrano de Bergerac", Théâtre de la Porte Saint-Martin, Paris

L'action vue par Dominique Pitoiset, qui met en scène Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, se déroule dans la salle commune d’un établissement de neurologie et raconte l’histoire d’un gars qui aime la vie. Le protagoniste est un peu caboche, cabossé à force d’aller à la castagne, à la fête à la cocarde. Entier...

Côtoyer les estats et empires de la lune et du soleil du vrai Cyrano de Bergerac... sans le savoir vraiment
Fou de poèmes, de beauté et de sincérité, il est prompt à combattre, de près ou de loin, tout ce qui enlaidit. Les petitesses, les médiocrités, les mensonges, l’ignorance. Invincible, porté par sa furia si francese. Qui voudrait être beau et ne sait pas qu’il l’est. Qui se croit laid et ne sait pas qu’il ne l’est pas.

Philippe Torreton qui tient le rôle-titre est, de prime abord, assis, dos au public, inanimé dans un fauteuil. Il a la tête couverte d’un bandage de mauvais augure. Ses copains, un peu fêlés eux aussi, ses proches lui font comme sa dernière fête. Pour le sortir de son mutisme post traumatique, ils lui jouent la pièce de son héros préféré Cyrano avec les moyens du bord que l’on bouscule. Les éviers de laboratoire, les tabourets et les tables en pied chromés, les plateaux repas que l’on gloutonne, le juke-box qui permet de choisir la chanson que l’on entonne en chœur, le lit que l’on pousse pour faire de la place, le micro-ordinateur pour communiquer*. On s’y croirait. C’est une bande de copains comme on en a tous rencontré : le rire aux visages, les larmes au cœur.

La méthode est efficace. Le gars se transmute, vaille que vaille, en Cyrano de Bergerac et la pièce d'Edmond Rostand défile, scène après scène, dans une vivacité pleine de joies franches et d’émotions pleines de tact. Comme un enfant qui joue avec un bâton qui sait bien qu'il est de bois tout autant qu’il est épée, Dominique Pitoiset conduit sa fable d’une manière éblouissante de simplicité. Les scènes, les mots de la pièce s'insèrent sans heurts au dispositif qui fonctionne de bout en bout dans la vraisemblance. Celle qui appartient à des patients perturbés que l'imagination de leurs personnages vient percuter.

Jean Grapin
21/05/2014
Spectacle à la Une

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara

Il n'est jamais aisé de s'approprier et d'interpréter des chansons créées, portées, sublimées par des artistes tels que Barbara. Mais là où beaucoup échouèrent, Lou Casa et son chanteur Marc Casa relèvent le défi avec brio et donne une lecture étonnante, poignante et incroyablement juste de six morceaux choisis de la Dame en noir.

Lou Casa… Une nouvelle résonance, étonnamment actuelle, pour les chansons de Barbara
Lou Casa, c'est deux frères, l'un au chant (Marc), l'autre au piano (Fred) et un bassiste (Julien Aeillon)… issus d'un collectif (à géométrie variable : 3 à 10 membres) qui travaillent sur des créations tant musicales (chansons, musiques improvisées) qu'expérimentales où peuvent s'associer danse, slam, poésie, vidéo, etc. Ici, après différentes productions, dont "Barbara, Quinze ans" en novembre 2012 qui initiera en 2014 le projet "Chansons de Barbara", ils décident de coucher six interprétations sur un CD intitulé "À ce jour" dont on espère que d'autres suivront.

Marc Casa donne une intonation particulière aux mots de Barbara (1), de Brel (2), de Françoise Lo (3) ou de Georges Bérard (4), portant avec élégance une certaine fêlure dans la voix qui amplifie l'émotion exprimée, la fragilité sous-tendue. En même temps, le grain légèrement rugueux donne la force et l'énergie au chant, imprimant la trame musicale soutenue par la basse toute en rythmique associée au piano percussif, notamment dans le sublime "Perlimpinpin" presque guerrier, revendicatif… Le clip est d'ailleurs très révélateur et significatif de l'interprétation choisie, exprimée par Lou Casa. Voix parlée chuchotée, prenant doucement de l'amplitude. Derrière le piano roule les notes en une rivière sautillante mi-tango mi-reggae, appuyant certains mots scandés par Marc Casa.

Gil Chauveau
01/02/2016
Sortie à la Une

"Oblomov", l'Hikikomori de la littérature russe !

Dorian Rossel, portrait d'un artiste : Épisode 2

Deuxième épisode en compagnie de Dorian Rossel avec presque simultanément trois spectacles à l'affiche. Dans cette partie de l'interview, nous parlons encore de la pièce "Oblomov" d' Ivan Gontcharov. Or, la question est simple : en quoi cette œuvre (majeure) du XIXe peut-elle encore intéresser la jeune génération ?

Chez Dorian Rossel, quand les personnages tentent d'être mis à la verticale alors qu'ils essaient de se tenir droit (comme dans "Quartier lointain"), ils se retrouvent vite à l'horizontale. "Oblomov" d'Ivan Gontcharov, petit chef-d’œuvre de la littérature russe, raconte un personnage de haut rang enfermé dans une telle inertie qu'il décide de ne plus en sortir.

En revendiquant le droit de dormir, cet antihéros du XIXe est à l'origine d'un phénomène social de plus en plus répandu au Japon et dans le monde : l'Hikikomori. Sous la pression sociale, des jeunes trouvent refuge dans leur chambre et peuvent y rester sans en sortir durant plusieurs années. Cette réaction dont nous n'avons pas encore étudié tous les contours fait peur car se répand de plus en plus.

Est-ce d'ailleurs un hasard si Joris Mathieu ("Hikikomori Le Refuge") et Fabrice Murgiat traitent des mêmes thématiques sur la scène française ? N'avons-nous d'ailleurs pas tous une part d'Oblomov en nous ? Ah oui, ces "choses" auxquelles on n'a pas toujours accès et dans lesquelles on aimerait parfois se blottir...

Générique de l'interview composé et interprété par Pierre-Yves Plat.

>> Écouter la première partie
Deuxième Partie >>

dorian_rossel,_partie_2.mp3 Dorian Rossel, partie 2.mp3  (2.08 Mo)


Sheila Louinet
27/01/2016