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Une esquisse des femmes de France où tout finit en chansons

"Victoire, la fille du soldat inconnu", La Java, Paris

Victoire Bayar dite Chourinette aurait presque cent ans. Née le 14 juillet 1916 alors que son père meurt à Verdun, elle épouse, avec toute la légèreté, la candeur, la curiosité de sa gaieté, la vivacité et la causticité de son esprit, les contours du monde terrible qui se présente à elle. Elle évolue avec lui, et découvre son talent pour le music-hall.

Une esquisse des femmes de France où tout finit en chansons
Victoire Bayar est un personnage créé par Sylvie Gravagna qui devient pour le spectateur conquis par ce spectacle de théâtre musical, une grand-mère idéale et rêvée qui a su, tenace et joyeuse, tantôt conteuse tantôt chanteuse, s’émanciper.

Victoire est une ouvrière. Douée pour la chanson. Prolotte patriote et rigolote. Gracieuse. Chantant soir et matin au long du chemin de sa vie, elle est un double de Mireille qui, de la bluette naturaliste au swing, affirme son optimisme, son identité, sa modernité.

Le spectacle de Sylvie Gravagna composé de douze tableaux, comme autant de cartes postales adressées au public, esquisse le roman national des femmes de France. Le roman du deuxième sexe. Avec ses peurs et ses reproches, ses drames et ses luttes, ses doutes aussi. Avec l’art et la manière : avec élégance, émotion et légèreté, tout en chanson. Car en France, même au vingtième-et-unième siècle, dans la mémoire commune, tout finit en chansons.

Jean Grapin
04/07/2012
Spectacle à la Une

Zaragraf, les vagabonds du monde fantastique de la musique sans frontières

Ils sont quatre, musiciens/chanteurs du monde, atypiques, originaux et créatifs... vagabonds aériens virevoltants avec aisance, virtuosité, mais non sans fantaisie et humour, sur les traditions musicales de notre planète pour en concocter des élixirs uniques, inventifs et rafraîchissants. Ils ont réussi à marquer de leur style singulier le PMF (paysage musical français)... et sortent leur sixième album : "VagaMundo GaDjé".

Zaragraf, les vagabonds du monde fantastique de la musique sans frontières
Au départ, à la première écoute, c'est comme un choc... Une surprise explosive, inattendue, de celle qui vous laisse scotché à votre fauteuil ! Tout d'abord avec la voix de Mira... magique, étonnante, surprenante et prenante, comme sortie d'un dessin animé de Tex Avery, comme un 33 tours qu'on écouterait par distraction en 45 tours (à l'ère du mp3... un comble !)... Comme une mélodie enfantine... Ça surprend... Puis on s'habitue très rapidement, comme envoûté, subjugué et ensorcelé par cette voix hors du commun, à la présence quasi irréelle et fantastique...

Ensuite, avec le feu d'artifice de notes, de rythmes qui, dès le premier choc "vocal" passé, vous explose à la figure comme autant de bulles sonores et pétillantes... distillées par Emmanuel Waffler (guitares), Bruno Manjarres (guitare "flamenca", trompette) et Pepe Martinez (accordéon, tuba), les compagnons de route de Mira... qui tous forment Zaragraf (complété pour ce nouvel opus par Michel Altier à la contrebasse et Laurent Eulry aux saxophones alto et soprano).

Gil Chauveau
27/01/2014
Sortie à la Une

Au cœur de la tourmente et de l'horreur, le si fragile privilège de l'otage

"Une petite fille privilégiée", Le Lucernaire, Paris

C’est la seconde guerre mondiale racontée par une petite fille devenue femme qui vécue la guerre loin de son père au combat mais proche de sa mère, ballottée, de traque en traque, de cachette en cachette pour finir dans les camps de Drancy... puis de Bergen-Belsen.

Au cœur de la tourmente et de l'horreur, le si fragile privilège de l'otage
C’est la guerre vue par une petite fille. Elle a six ans quand elle débute son récit et onze ans quand elle le finit. Mais c’est surtout des souvenirs racontés par une femme qui a aujourd’hui cinquante ans. À travers elle, c’est le regard d’une petite fille juive que l’on découvre pendant la seconde guerre mondiale et qui fut l’objet, elle et sa famille, de traques, de fuites pour se cacher contre les nazis. Nous découvrons à travers son récit, ses préoccupations journalières de peur, de faim et de vie dans les camps de Drancy et de Bergen Belsen. C’est l’univers quotidien d’une petite fille "privilégiée" parce que "la convention de Genève obtient notre maintien en France à titre d’otages, pour nous, femmes et enfants des officiers prisonniers de guerre français", raconte-t-elle.

Le décor, bleuté comme la robe de la narratrice, baigne l’atmosphère de songes enfouis et de rêves éveillés. La narration oscille entre de doux souvenirs dramatiques et tragiques. Doux… car la narration ne se départ pas d’une certaine bonhomie, d’une certaine joie, d’un certain comique de situation. Des moments de tristesse, de rire ou de tendresse accompagnent le récit. Les mots sont habillés d’émotion. Aucune platitude dans l’élocution, aucune monotonie. Le récit est vivant, presque enjoué, caressé par l’espièglerie d’une petite fille.

Safidin Alouache
19/03/2014